ce travail préliminaire que nous nous sommes mis à
réunir des matériaux et des chiffres pour voir si la
formation concrète des phénomènes concordait avec nos
conclusions.
La méthode, dont nous nous servons notamment
dans la seconde partie de l’ouvrage est donc celle qui
fut si brillamment appliquée par le fondateur de l’écono
mie politique.
Adam Smith, combine en effet, comme le constate très
justement Cliffe Leslie, deux modes de recherches de la
vérité. Il déduit d’abord de certaines prémisses une con
ception abstraite des sociétés humaines ; en cela il agit
comme Quesnay, et c’est pourquoi il doit être compris dans
les théoriciens de l’ordre naturel. Mais il ne s’arrête pas
là; cette conception abstraite, il tente de la vérifier dans
l’histoire, à l’aide des procédés de son siècle ; en
cela il va bien au-delà de la pliysiocratie et prépare à
la science une ère nouvelle : celle de l’induction.
En retournant ainsi vers la méthode d’ADAM Smith nous
croyons participer à un mouvement qui se propage de
plus en plus. Il est intéressant de voir que ce mouve-
(1) Thomas Edward Gi.tffe Lesuk. The political economy of Adam
Smith dans Essays in political and moral philosophy. Dublin, Londou,
1819, p. 148-166. Voir sur le même sujet : Hector Denis. Histoire des
systèmes économiques et socialistes, vol. I p. 235. ss. Hector Denis se
basant sur Nicholson, dit que la place de Smith dans la science, est ano-
logue à celle que Locke occupe dans la philosophie. Locke lui aussi a
présenté la combinaison de Va priori et de Y a postériori dans ses raison
nement. Les successeurs de Locke, ne pouvant ou ne voulant prolonger
l’association de ces deux méthodes, ont développé les écoles antagoni
ques de la philosophie transcendante et de la psychologie empirique et
leur conciliation fut le grand problème que Kant se posa. (p. 246.)