LA DÉCADENCE DE L’INDUSTRIE A DOMICILE
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vaillent assez fréquemment jusque 16 et 17 heures par
jour (1).
A Hamme, dans la corderie l’inapplicabilité au travail
à domicile de la législation sur les personnes proté
gées se fait particulièrement remarquer : à tous les
coins de rues surgissent des fillettes et garçonnets de
6 à 13 ans, courant le long des fileries ou tournant
le rouet. A l'instar de leurs parents, ces enfants
grandiront dans l'ignorance, heureux encore s’ils ap
prennent leur métier sous la direction paternelle,
échappant ainsi à la dureté du sweating-system d’un
maître étranger (2).
C’est dans Y apprentissage que se commettent les plus
grands abus. Ainsi un tailleur de Bruxelles — et ce
n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres — paie
des ouvriers déjà assez capables, venus de la province
pour se perfectionner dans la capitale, 5 centimes
l’heure et il leur fait payer leur dîner 0.65 fr., de
sorte que l’ouvrier qui travaille dix heures lui doit
15 centimes (3).
A côté des ouvrières tricoteuses connaissant leur
métier, il y a dans la bonneterie des apprenties qui
les assistent, mais ne gagnent rien ou à peine
quelques pourboires après la deuxième année d’appren
tissage. Ce sont de petites filles de 10 à 12 ans qui
s’occupent à bobiner la laine ou le coton, à ramasser
les mailles, etc. (4).
(1) Ib. v. V, p. 172.
(2) Ib. v. VIII, p. 60.
(3) Ib. v. I, p. 211.
(4) Ib. v. VII, p. 116.