fullscreen : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

282  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÈTE.  —  MACÉDOINE.
raffaissement  général  de  l’autorité  du  sultan,  un  milieu
favorable  pour  se  réorganiser  très  secrètement,  en  agissant
surtout  sur  les  officiers  de  la  garnison  turque.
Tout  d’un  coup,  en  juillet  1908,  l’armée  de  Saloniquese
souleva,  sous  le  commandement  de  Mahmoud-Chevketpacha,
  se  porta  très  rapidement  sur  Constantinople  par  la
voie  ferrée,  avec  la  connivence  d’une  grande  partie  de  la
population,  et,  presque  sans  coup  férir,  elle  imposa  au  sultan ­
  Abd-ul-Hamid  le  rétablissement  de  la  constitution  de
1876  et  des  institutions  alors  préparées  par  Midhat-pacha  :
tout  le  programme  du  Tanzîmât  ou  de  la  Réforme.
La  Révolution  de  juillet  fut  accueillie  dans  la  plus
grande  partie  de  l’empire  ottoman  par  un  vif  enthousiasme,
il  parut  qu’elle  était  la  fin  des  malheurs  qui  avaient
éprouvé  l’empire  depuis  une  trentaine  d’années,  qu’elle
était  le  signal  de  son  salut,  de  sa  régénération  glorieuse.
Les  Jeunes-Turcs,  entraînés  par  la  facilité  de  leur  victoire,
crurent  que  tout  leur  était  possible,  affirmèrent  d’abord
qu’ils  n’avaient  pas  besoin  du  concours  de  l’Europe  pour
assurer  l’ordre  en  Macédoine,  et,  sur  leur  demande,  la  gendarmerie ­
  européenne  en  fut  aussitôt  retirée.  Ils  proclamèrent ­
  l’intention  de  réaliser  dans  toute  la  Turquie,  d’Europe ­
  et  d’Asie,  les  réformes  nécessaires,  de  façon  que
toutes  les  populations  de  toutes  races  et  de  toutes  religions ­
  y  fussent  dès  lors  à  l’abri  de  toutes  vexations;  mais
aussi  ils  eurent  l’ambition  de  réparer  les  fautes  du  dernier
gouvernement,  et  de  refaire  l’intégrité  territoriale  de  l’Empire ­
  ottoman  :  entreprise  louable,  mais  singulièrement
dangereuse,  vu  les  positions  déjà  prises  par  leurs  ennemis
en  instance  d’héritage.  Car  il  ne  faut  toucher  à  rien  en  cet
édifice  instable  et  fragile  qu’est  l’empire  turc  ;  sinon,  tout
se  disloque  et  se  dissout.
Mettant  en  train  le  régime  nouveau,  les  Jeunes-Turcs
convoquèrent  une  Chambre  des  députés  ;  mais,  selon  la
lettre  du  traité  de  Berlin,  la  Roumélie  orientale,  réunie  à
la  Bulgarie  en  1886,  et  la  Bosnie-Herzégovine,  confiée  à
l’administration  de  l’Autriche-Hongrie  pour  une  période  de
vingt-cinq  ans,  étaient  toujours  provinces  turques  et  devaient ­
  donc  envoyer  des  députés  à  Constantinople.  Or
rAutriche-Hongrie,  dont  l’administration  en  Bosnie  aurait
dû  cesser  en  1903,  s’y  était  maintenue  et  n’était  pas  disposée ­
  à  y  renoncer.  Elle  prit  les  devants,  et  proclama  l’an-
            
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