SUPPRESSION SECOURS CHOMAGE. INSTITUTION SECOURS ALIMENTAIRE 179
réserve ses bons pour l’obtention d’un secours qui lui est plus précieux ;
le secouru reprend conscience d’une responsabilité, découvre de nou-
veau un intérêt concret à dépenser ses ressources avec circonspection.
L’esprit d’économie peut, dans une certaine mesure, retrouver son
application ».
Ces motifs, extrêmement louables, à coup sûr, comportaient une
certaine part d’illusion.
D’une part, le travail d’écritures n’était pas négligeable. Il y avait
deux livrets par ménage secouru, l’un étant retenu pour contrôle et
inscription des nouveaux crédits, pendant que l’autre était en cireu-
lation. Le secrétaire-trésorier du Comité local devait inscrire sur le
livret le solde de la quinzaine précédente, l’allocation pour la quin-
zaine en cours, en déduire les retenues éventuelles pour vêtements,
pour timbres médicaux, etc... et indiquer bien clairement le solde
disponible. Les fournisseurs notaient sur le feuillet de quinzaine, les
marchandises achetées, et le montant dépensé, et, après chaque
opération, une soustraction était faite, indiquant le reste disponible
pour l’achat suivant. Il y avait un feuillet par quinzaine, et une feuille
de bons à détacher. C’était en somme, un véritable carnet de chèques,
tenu constamment à jour.
Ensuite, on ne supprimait pas, comme on le croyait, toute possi-
bilité de fraude : supprimer tout secours en argent, n’était pas suppri-
mer les abus, puisque celui qui avait besoin d’argent pouvait revendre
les denrées elles-mêmes. C’est ce qui arriva d’ailleurs couramment.
On n’hésitait pas à accepter des denrées dont on ne voulait pas faire
usage pour les céder à vil prix — ou parfois à haut prix. Une sur-
veillance continue dut être exercée à ce sujet. Tout ce qu’on peut dire,
c’est que le livret rendait ce trafic un peu plus difficile.
Enfin, l’expérience démontra que la portée éducative du livret eut
peu de résultats. Ce n’était pas parce que le compte était écrit, avec
son solde répété, qu’il faisait réfléchir davantage la ménagère.
Quoi qu’il en soit, dans son ensemble, la réforme était évidemment
utile.
Le nouveau règlement adoptait et précisait la plupart des règles
du Secours Chômage. La pratique avait fini par élaborer toute une
jurisprudence pour l’évaluation des ressources, pour le caleul des
secours, etc. Le contrôle était renforcé, la comptabilité perfectionnée.
La réforme eut aussi des conséquences appréciables en ce qui con-
cerne les Comités. Là où existaient des Comités spéciaux pour le Secours
Chômage et pour le Secours A, il fallut les fusionner, et trouver un
modus vivendi, ce qui ne fut pas toujours commode. Les questions de
presonnes se mêlèrent aux questions de méthodes et d’administration.