88 LES SECOURS DE CHOMAGE PENDANT L’OCCUPATION ALLEMANDE
d’importants travaux d’intérêt militaire, entrepris dans la province
de Luxembourg même : il s’agissait de construire des chemins de fer
stratégiques et d’intensifier dans les forêts l’abatage du bois destiné
aux tranchées. Paralyser l’action des communes dans leurs travaux
pour chômeurs, c’était faciliter le recrutement de la main-d’œuvre
désirée par l’autorité militaire.
Mais comme, malgré le chômage provoqué par les premiers refus
d’autorisation de travaux, les ouvriers luxembourgeois ne consen-
tirent pas à travailler pour l’occupant, celui-ci résolut de prendre une
mesure radicale. Le Président de l’administration civile allemande
dans la province annonça dans une séance de la Députation perma-
nente qu’il s’opposerait à toute tentative de secours en faveur des
ouvriers redevenus chômeurs. D’autre part, les Commissaires civils
adressèrent aux communes, verbalement d’abord, puis par écrit,
l’ordre formel d’arrêter les travaux en cours, et ils indiquaient sans
détours que ces mesures étaient prises dans le but de mettre les ouvriers
en demeure de répondre à leurs sollicitations.
Au début, ces interdictions ne s’étendirent qu’à certaines régions
de la province. On vit alors les ouvriers se déplacer et s’embaucher dans
les communes voisines où des chantiers fonctionnaient encore. L’au-
torité allemande prit alors un arrêté défendant aux ouvriers de
travailler en dehors du territoire de leur commune.
Si ces mesures n’atteignirent pas pleinement leur but en ce sens
que les Allemands n’obtinrent jamais toute la main-d’œuvre qu’ils
désiraient, elles aboutirent toutefois à la paralysie, puis à la disparition
des travaux de secours de la province.
Il est pourtant du plus haut intérêt de se rendre compte des résultats
d’une initiative intéressante et une expérience instructive pour la
lutte contre le chômage.
Elle réussit à employer, fin 1915, jusqu’à 10.000 chômeurs, ce qui
représentait plus de 4 1/2 pour cent de la population de la province.
Pour se faire une idée de l’ordre de grandeur de ce nombre, nous
rappellerons qu’à cette époque le chiffre de chômeurs secourus de
la province de Liége représentait 9 %, de la population totale.
Voici, d’après le rapport présenté au Comité provincial du Luxem-
bourg un peu avant l’armistice, les travaux qui furent effectués.
A Travaux d’intérêt public.
Ce sont les travaux entrepris par les administrations communales
avec l’aide financière et sous le contrôle du Comité. Ils comprenaient :
a) Des travaux de voirie tels que :
1° Etablissement de chemins vicinaux ordinaires et de grande