AVANT-PROPOS
Celui qui veut connaître l’histoire économique et sociale de la
grande guerre ne peut négliger le Secours de Chômage en Belgique.
C’est déjà un prodige que ce petit pays surpeuplé ait pu vivre et
subsister pendant quatre ans et demi — prodige accompli par la
générosité des peuples étrangers et tout particulièrement du peuple
américain, et par la géniale habileté de cet homme prodigieux lui-
même, qui s’appelle Herbert C. Hoover.
Mais ce qui est particulièrement intéressant, dans ce phénomène,
est le traitement qui fut appliqué à la classe ouvrière. Pays indus-
trialisé à l’extrême, la Belgique a vu son industrie et son commerce
arrêtés tout d’un coup, et la population laborieuse réduite à l’inac-
tion. Comment et dans quelle mesure l’a-t-on aidée, soutenue, con-
servée ?
C’est ce que ce livre essaie de décrire. Travail malaisé, pour plu-
sieurs raisons. Tout d’abord, les documents commencent déjà à faire
défaut. Les archives du Comité National ont bien été versées dans
les dépôts provinciaux des Archives de l’Etat Belge, mais elles n’y
sont pas classées, et si elles comprennent des quantités énormes de
pièces, il y en a une infinité qui se répètent et sont sans intérêt, tandis
que celles qui seraient particulièrement intéressantes ont disparu —
tout spécialement celles qui se rapportent au département Secours.
Ensuite un des caractères essentiels de l’organisation du Comité
National était la liberté laissée à ses sous-organismes. Rien de plus
naturel. Dans un pays occupé par une armée ennemie, où les com-
munications sont difficiles, il est impossible de voir fonctionner un
gouvernement régulier faisant observer partout des prescriptions
uniformes. Delà, de province à province, de région à région, même
de commune à commune, des différences, des contrastes. Il faudrait
pour les connaître tous, pouvoir faire un grand nombre de mono-
graphies, ce qui ne nous a pas été possible.
Toutefois, comme nous avons participé à l’administration du
Secours-Chômage comme directeur général du Secours-Chômage dans
la Province de Liége, nous étions à même de fournir des renseigne-
ments irrécusables et vécus. Nous n’avons pas manqué d’en faire