2 LES SECOURS DE CHOMAGE PENDANT L'OCCUPATION ALLEMANDE
vrai qu’entre les deux recensements de 1900 et 1910, le coefficient
d’augmentation de la population était de 1,03 par an, exactement
semblable à celui de l’Angleterre et du Pays de Galles, supérieur de
beaucoup à celui de la France (0,16), et dépassé seulement en Europe
par les pays de race germanique, dont l’Allemagne (1,41), et certains
pays scandinaves et balkaniques.
La prospérité de la Belgique n’était pas plus contestable que la
densité de sa population. Le voyageur qui la traversait en chemin de
fer était frappé non seulement de la proximité des stations, des vil-
lages et des villes, mais de la tenue magnifique des cultures, sur une
terre où pas un pouce de terrain cultivable n’est abandonné, de la
multiplicité des usines, des charbonnages, des établissements indus-
triels de tout genre. S’il débarquait à Anvers, il se rendait compte éga-
lement de ce que le commerce ne le cédait en rien à l’industrie et
à l’agriculture. Quelques chiffres rendront concrets les traits caracté-
ristiques de l’économie belge.
On a l'habitude de considérer la Belgique comme un pays exclu-
sivement ou principalement industriel. Cela se conçoit parce que
c’est l’industrie qui compte surtout sur les marchés étrangers. Mais
c’est une grande injustice de méconnaître l’importance de l’agricul-
ture. La vérité est qu’il est difficile de dire si la prospérité du pays
tient plus à l’une qu’à l’autre activité économique. Au point de vue
du chômage pendant l’occupation allemande, il convient de retenir
l’attention sur ce fait que près de 1.200.000 personnes étaient occupées
dans l’agriculture, d’une part parce que l’agriculture ne fut guère
atteinte par le chômage et d'autre part parce qu’elle continua, malgré
les difficultés techniques les plus grandes, à faire des bénéfices qui
permirent à ses membres de vivre et de vivre mieux que les personnes
occupées dans l’industrie (1).
Tout d’abord l’étendue cultivée est considérable : d’après le recen-
sement agricole de 1910 il y avait, sur la superficie totale du pays,
qui était de 2.945.557 hectares, 1.947.966 hectares de terres cultivées,
529.781 hectares de bois et forêts et seulement 116.493 hectares de
terres incultes, soit moins de 4 pour cent du total, proportion qui
n’est égalée par aucun autre pays.
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(1) « L’agriculture belge a présenté pendant la guerre un caractère paradoxal :
sa prospérité économique fut en raison inverse de son perfectionnement technique.
La terre s’épuisait, son rendement diminuait, le nombre de têtes de bétail s’amoin-
drissait, la production en lait et viande tarissait ; néanmoins la valeur du capital
mort et vivant ne cessait d’augmenter, et le rendement commercial de l’exploitation
de s’accroître ; en d’autres termes, plus l’agriculture tombait en décadence, plus le
cultivateur s’enrichissait ». À. FIENRY, Etudes sur l’oceupation allemande en Belgique,
Bruxelles, 1920, p. 183.