LE COMITÉ NATIONAL I.
«l’Union Sacrée », mais qui n’en était pas moins très neuve dans les
mœurs de la nation. Pour qui connaît la Belgique, en effet, il y eut
quelque chose d’étonnant à voir la facilité avec laquelle des ennemis
politiques purent, pendant tant de mois, travailler en commun et
en harmonie. Les passions politiques sont extrêmement vives en
Belgique, et les divisions de partis se répercutent jusque dans la vie
sociale. On sut pourtant les faire taire — non pas, à coup sûr, partout
et toujours — mais dans la mesure suffisante pour que le travail
fût efficace. On ne repoussait pas les mandataires publics : ils furent
en grand nombre associés à l’œuvre du Comité, mais neutralisés l’un
par l’autre et par leur émulation commune.
Ce n’est pas tout. Les promoteurs et les fondateurs du Comité
National à Bruxelles étaient surtout des banquiers, des hommes
d’affaires, des hommes de grandes affaires, qui n'avaient pour la poli-
tique, l’administration, l’Etat même, qu’une médiocre estime. Ils
eurent à cœur d’employer des méthodes qu’ils estimaient différentes
et plus efficaces que celles des pouvoirs publics. C’était un mot d’ordre
de gérer les affaires du Comité « commercialement », cindustrielle-
ment ». L'affaire était essentiellement une grande affaire commer-
ciale : se procurer des vivres, les transporter et les distribuer. On mit
son point d'honneur à ce que cette vaste entreprise fût bien conduite;
et elle le fut en effet. La comptabilité, matières et finances, reçut
une attention toute particulière. On aimait à montrer que l’initiative
privée était toujours supérieure à l’organisation étatiste. Sociologi-
quement, il y a quelque chose d’extrêmement intéressant, à voir
ainsi appliquer une technique nouvelle et différente à ce qui était
en définitive un service publie, où disparaissait l’aiguillon ailleurs
si puissant de l’intérêt personnel. C'était l’épreuve, bénévolement
consentie, de la classe des hommes d’affaires au gouvernement du
pays. On peut dire qu’elle y à réussi. Ce fut le pendant de l’épreuve
des «civils» comme officiers de complément ou dans les services
techniques des armées de campagnes.
Autre trait essentiel, qui achève de montrer le caractère privé
du Comité : ne tenant son mandat d’aucun corps électoral, il n’ad-
mettait pas de contrôle de ses administrés. Non seulement les autorités
publiques belges n’avaient pas le droit de lui demander compte de
ses actes, ni d’exercer sur lui la moindre surveillance, mais il ne devait
aucune justification même aux citoyens qu’il secourait. « Le Comité
National existait par lui-même suivant la volonté de ses fondateurs
et de ceux qui lui avaient donné leur adhésion : il n’était pas l’éma-
nation de la volonté populaire. C’est pourquoi il était souverain
dans les décisions qu’il arrêtait : elles devaient être exécutées sans
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