LA SECTION AIDE ET PROTECTION AUX CHOMEURS INVOLONTAIRES 45
triels attirèrent l’attention sur la nécessité et la difficulté de se borner
à secourir le chômage involontaire. Il ne s’agissait pas d’allouer une
pension gratuite à des travailleurs, qui, avec un peu de bonne volonté
trouveraient l’emploi de leurs bras. Beaucoup d’établissements indus-
triels faisaient des sacrifices considérables pour continuer à occuper
leur personnel, deux ou trois jours par semaine, à des travaux de réfec-
tion, de nettoyage, ou autres. « Si ces ouvriers, disait-on, peuvent
escompter des indemnités de chômage, il est à craindre que, suppu-
tant d’une part le montant de cette indemnité, d’autre part, le salaire
réduit qu’ils touchent pour le travail sans attrait qu’ils fournissent,
ils ne préfèrent le premier système et abandonnent volontairement
l'usine ». Si le montant du secours se rapprochait du salaire, l’ouvrier
quitterait aisément le travail et l’on créérait une population de
désœuvrés.
Une voix s’éleva même contre le principe d’un secours chômage
général : « Ce principe est faux. Une œuvre de secours pour le chômage
se conçoit lorsqu’il s’agit de faire face à une situation exceptionnelle
Jorsque le chômage n’est que partiel en ce sens qu’il n’affecte qu’une
certaine catégorie des travailleurs ou une ou plusieurs industries
déterminées. Il est impossible de combattre le chômage s’il est général.
Des mesures doivent, certes, être prises, Mais devant un phénomène
d'ordre général et l’instabilité des éléments, ces mesures doivent
avoir un tout autre caractère que celles”qui sont préconisées : attri-
buer des secours aux chômeurs, en tant que chômeurs, serait disqua-
lifier l’œuvre même ».
Cependant le projet fut maintenu, grâce notamment aux efforts
d’un éminent ministre d’Etat, qui fit valoir les arguments suivants :
tout d’abord, on ne pouvait faire abstraction de ce qui existait avant
la guerre : les Fonds de Chômage représentaient un aspect de la lutte
contre le chômage dont on ne pouvait envisager la disparition avec
indifférence ; au moment où le chômage devenait un mal général
il fallait commencer par généraliser le remède employé auparavant ;
le Comité ne faisait rien d’autre. Seulement, il ne pouvait plus être
question de limiter aux ouvriers syndiqués ou affiliés à des caisses
les allocations de chômage ; il fallait venir en aide à tous, sans privi-
lège. Le Secours Chômage avait, en outre, un aspect moral qu’il ne
fallait pas méconnaître. Il sauvegarde la dignité de celui qui le rece-
vait. Ce n’est pas le secours de l’indigent, c’est une indemnité qui
prend la place du salaire, comme cela se faisait en temps normal
là où il y avait une assurance contre le chômage. Aussi, il fallait
conserver autant que possible la distribution des secours par les
organismes existants, notamment par les syndicats, qui étaient