Full text : Le secours de chômage en Belgique pendant l'occupation Allemande

LA SECTION AIDE ET PROTECTION AUX CHOMEURS INVOLONTAIRES 47
D’autre part, à ce moment, s’il y a déjà pas mal d’ouvriers qui
travaillent pour les Allemands, la misère n’a pas encore atteint
l’étendue qu’elle prendra dans la suite, et l’ennemi lui-même n’a pas
encore besoin de main-d’œuvre dans la proportion où il lui en faudra
plus tard. Mais, avec cet instinct de prévoyance qui est le propre
des véritables hommes d’Etat, les dirigeants du Comité National
avaient compris qu’il fallait absolument essayer d’avoir, d’une manière
 générale «la classe ouvrière en main ». Dans un pays comme
la Belgique où la classe laborieuse occupe tant de place dans la vie
politique et sociale de la nation, où elle avait fait l’objet de tant
de préoccupations de tout ordre de la part des Gouvernements, il
était tout naturel qu’un gouvernement d’occasion ayant vraiment
l’esprit national, s’attachât à continuer la tradition. D'ailleurs, au
sein même du Comité National, et autour de lui, il y avait des chefs
d'organisations ouvrières de diverses nuances qui s’inquiétaient
très vivement du sort de ces organisations, créées avec tant d’efforts
pendant la paix: à mesure que la guerre durait et qu’on perdait
l’espoir de la voir se terminer à brève échéance, on se demandait
ce qu’allaient devenir les syndicats, les caisses de chômage, les mutualités,
 les coopératives. Ces dernières pouvaient être associées en
une certaine mesure au ravitaillement. Mais les associations qui ne
vivaient que de cotisations, désormais irrécouvrables, comment ne
dépériraient-elles pas dans la misère générale, comment ne disparaîtraient-elles
 pas dans la tourmente ? On vit dans la participation
 à la distribution des secours le moyen de leur donner
un semblant d’existence, de les préserver de l’anémie et de la
mort.
Ce que les créateurs et les défenseurs du Secours Chômage avaient
bien vu, c’est qu’il venait à son heure pour apporter aux ouvriers
un réconfort moral dont ils avaient besoin. Le Secours Chômage
paraissait prendre la place du salaire, c’était la dignité dans la misère
c'était le signe d’une fonction sociale, c’était aussi la preuve qu’on
n’était pas abandonné. Le Secours Chômage eut toujours et jusqu'au
 bout, des adversaires, qui auraient voulu qu’il n’y eût qu’un
secours pour tous les nécessiteux, et qui se réjouirent quand il disparut,
 en 1917, sous la pression de circonstances que nous indiquerons,
pour être absorbé par le Secours Alimentaire. Mais ils n’apercevaient
pas qu’il y avait urgence à faire précisément cette distinction parmi
les nécessiteux. Assister un homme en sa qualité même de travailleur,
c'était lui reconnaître encore une valeur particulière qui le plaçait
au-dessus de la misère. Privilège si l’on veut, mais qui avait cette
justification patriotique que la classe ouvrière, et précisément la
            
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