50 LES SECOURS DE CHOMAGE PENDANT L’OCCUPATION ALLEMANDE
La proportion de chômeurs par rapport à la population ouvrière
était déjà très considérable : 601.299 chômeurs représentaient en effet
un peu moins de 50 % de la totalité des ouvriers et des employés
de l’industrie et du commerce recensés en 1910. Mais le Comité avait
limité à 65 ans l’âge d’admission au secours et la Belgique occupée
ne comprenait pas tout le territoire du royaume. Les chiffres n’étaient
donc pas rigoureusement comparables.
Il est hors de doute, cependant, que le nombre de chômeurs était
quelque peu forcé, surtout si l’on tient compte de ce que, dans ce
premier recensement, on ne voulait connaître que les ouvriers com-
plètement privés de leur travail par la guerre, ceux que l’on appellera
dans la suite «les chômeurs complets ».
On a toute raison de croire que les administrations communales
donnèrent à leurs agents des instructions qui n’étaient pas stricte-
ment conformes à celles du Comité.
Rien de plus naturel : une nouvelle forme d’assistance étant annon-
cée, comment empêcher les malheureux de se croire autorisés à y
participer ? Tout individu trouva facilement qu’il était dépourvu de
travail, et les agents des communes eurent rarement le courage de
refuser d’inscrire des gens à qui allait leur pitié.
Un recensement est toujours une opération délicate, exigeant une
forte et sérieuse préparation. Rarement des agents recenseurs nom-
breux exécutent d’un même esprit les instructions qui leur sont
données. Ce recensement-ci avait dû être improvisé, très rapidement
exécuté, sous l’œil jaloux et inquiet du pouvoir occupant.
Tout conspirait pour qu’il prêtât à la critique. On peut penser en
tout cas qu’il ne fut pas compris par tous de la même manière. C’est
ainsi que dans certaines communes on ne compta point les ouvrières
chômeuses dans un ménage où il y avait un chef de ménage chômeur.
Presque nulle part non plus le relevé ne fut nominatif : on se contentait
de supputer le nombre de chômeurs dans une famille ou un ménage.
En résumé, il est hors de doute que ce recensement ne répondait pas
aux exigences d’un travail rigoureusement scientifique ; mais il était
suffisant pour le but pratique que poursuivait le Comité. On se sou-
viendra de ces imperfections chaque fois que les résultats du recen-
sement seront pris comme point de comparaison.
Que les chiffres du recensement initial soient exagérés, c’est ce qui
résulte de la comparaison du nombre de chômeurs (complets) avec
celui des ouvriers et employés de l’industrie et du commerce recensés
en 1910.
Il est visible que dans l’arrondissement de Courtrai, par exemple,
dans le Limbourg et dans le Luxembourg, on avait porté sur les listes