ORGANISATION DU SERVICE 55
telles, certains comités provinciaux et notamment le Comité provincial
de Liége fit appel aux hommes qui les dirigeaient, et l’on constitua
des comités spéciaux de chômage, où se rencontraient en fait ceux
qui avaient le plus d’influence sur la classe ouvrière.
Ces Comités locaux nouveaux étaient soumis, comme les autres
comités du Comité National, à la règle de l’impartialité et de la neu-
tralité politique. C’est pourquoi il était recommandé de les com-
poser en nombre égal autant que possible de personnalités appar-
tenant à tous les partis politiques. En fait, cela se réduisait générale-
ment à trois : le parti catholique, le parti libéral et le parti socialiste.
Nous n’avons pas besoin de dire que cette exigence fut difficile à
exécuter et qu’elle ne fut point partout réalisée d’une manière satis-
faisante. Tout d’abord, il y eut des localités dans lesquelles on prétendit
que la représentation des trois partis était impossible parce que l’un
des partis n’y existait pas du tout. Tel village inféodé depuis long-
temps à un parti déterminé ne voulait pas admettre qu’on réveillât
d’anciennes hostilités en donnant une représentation, une consécra-
tion nouvelle à des ennemis politiques vaincus pour toujours. Puis,
il arriva fréquemment que, pour garder la haute main sur l’adminis-
tration du secours, les dirigeants du Comité local, appartenant à
un parti déterminé, désignèrent comme représentant d’un autre parti
quelqu’un qui en réalité n’avait nullement cette qualité aux yeux
des membres de ce parti.
On voit donc comment la composition même des Comités locaux
était entourée de difficultés. ‘Elles ne furent pas partout levées. À la
fin de l’occupation encore, on se trouvait en face de réclamations sur
la composition des Comités locaux. Ce qui contribua à les résoudre,
fut l’exemple des Comités provinciaux : ils renfermaient, à leur tour
des représentants des trois partis, mais, généralement des représen-
tants qualifiés et influents, hommes politiques ayant des mandats
importants, hommes d’affaires, hommes d’œuvres, dirigeants d’orga-
nisations. Au sein du Comité provincial, on fut généralement plus
raisonnable, moins passionné que dans les communes, et l’on y apprit
à faire des concessions à des adversaires politiques. Il serait exagéré
de dire que l’esprit patriotique de l’Union sacrée entre les partis souffla
toujours et partout avec la même intensité. Plus d’une fois, la défiance
et l’animosité reprirent le dessus. Mais à tout observateur impar-
tial, il est aujourd’hui évident que l’effort fut considérable et général.
Pour qui connaît la Belgique politique d’avant-guerre, il est clair que
la catastrophe nationale opéra un véritable miracle politique dans
les esprits. À mesure que l’occupation se prolongeait, les mauvaises
habitudes reprirent dans certaines régions le dessus, mais dans l’en-
tar