thumbs: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

242 
LA HONGRIE 
en fleur. Un demi-jour, bleuté comme un clair de lune, nous enveloppait, 
et sous les noirs arceaux des branches régnait un silence de sanctuaire, que 
troublaient à peine des bruits presque imperceptibles, comme des pas 
d enfant sur un tapis. 
Nous rev enions lentement, afin de mieux savourer la douce fraîcheur et la 
paix intime de la forêt. Soudain un chevreuil passa à vingt pas de nos 
chevaux, sans se presser, comme s il flânait. Le cocher arrêta la voiture, je 
sautai aterre; mais dans ma précipitation je tombai à plat ventre et je ne vis 
plus que la queue de l’animal qui s’agitait au loin, d’un petit air ironique. 
J’étais dans un de mes jours de guignon. Il eût mieux valu, sans doute, 
renoncer à chasser ; mais de la forêt de pins nous passâmes dans un bois de 
bouleaux et de chênes qui était rempli de si beaux oiseaux ! N écoulant que 
ma passion destructrice, je me mis à les poursuivre, et je faillis me perdre. 
Il y avait là des ramiers couleur gris de perle, des geais bleus qu’on eût 
pris pour des perroquets, tant leur plumage étincelait au soleil ; des roselins 
au dos et au ventre d’un rouge cramoisi, aux ailes pareilles à deux petites 
flammes ; on voyait aussi sur les hautes branches des jaseurs de Bohême 
au plumage délicatement tendre, d un blanc argenté mélangé de rouge vit 
et de jaune doré. Tous ces oiseaux, que les poètes ont comparés a des fleurs 
animées, à des topazes et à des saphirs ailés, montaient, descendaient, comme 
(ont des boules de couleurs variées dans la main d’un habile jongleur. 
L’œil était ébloui. Les pies bleues, coquettes, capricieuses, défiantes, 
toujours en mouvement, se montrant sans cesse en se tenant toujours hors 
de portée, entraîneraient un chasseur jusqu’au bout du monde. 
Ce sont les sirènes de la forêt. 
J’eus la prévoyance de m arrêter à temps ; je me serais égaré. Il y en 
avait une surtout, plus gracieuse que les autres, qui semblait s’acharner à 
ma perte; elle me regardait d’un air narquois, en poussant de joyeux klik- 
iïHkklikU; puis elle s’envolait de nouveau, en faisant scintiller ses plumes, en 
ouvrant ses ailes bleues, transparentes au soleil comme un écran de soie à 
la lumière. On eût dit 1 oiseau bleu des légendes. Si je l avais suivi jusqu’où 
il voulait m entraîner, je 1 aurais vu peut-être se transformer en belle 
princesse aux cheveux d or, et m ouvrir la porte d’un palais enchanté. 
Les forêts de Hongrie, comme celles d Allemagne, sont encore peuplées 
de fées, de gnomes, de dragons. La magnificence décorative des bois de 
chênes et de bouleaux est bien faite, du reste, pour surexciter T imagination 
enfantine du peuple. Les chênes ont un aspect de monuments séculaires ; 
il semble que la nature les a façonnés sur le modèle des colonnes et des 
arceaux gothiques, llobustes, gigantesques, ils arrondissent leurs branches en
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.