T.A HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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la classe opprimée, c’est que leur langage n’a pas de mots pour exprimer
la joie, le bonheur, le bien-être, la richesse, la prospérité; par contre, ou
V trouve les mots signifiant le deuil, la douleur, la crainte, le chagrin.
Le nom de Tziganes qu’on leur a donné en Hongrie, en Turquie, en
Russie, en Pologne, en Bohême et en Allemagne, dérive du sanscrit Z inga-
rie 1 . Cette ressemblance étymologique avait déjà frappé les Anglais, bien
avant qu’on fût d’accord sur leur véritable origine.
Plusieurs fois on a essavé de fixer leur humeur vagabonde; Joseph II
voulut les attacher à la terre : il leur lit bâtir des cabanes, leur distribua
des instruments aratoires et leur ordonna d’ensemencer leurs champs.
Mais au lieu de s établir dans les maisons commodes qu on leur avait con
struites, ils y logèrent leurs bestiaux, et dressèrent leurs tentes à côté.
Puis, pour empêcher que le blé ne germât, ils le firent bouillir. Joseph II
ne s’en était pas tenu là : il avait aboli leur langue comme il avait aboli la
langue magyare ; il leur avait donné un autre nom et les avait appelés « les
nouveaux paysans»; enfin il leur avait enlevé tous leurs enfants, qu il
avait mis chez des colons allemands et magyars, lesquels devaient les
façonner au travail et à T obéissance. Mais donnez des loups à nourrir à
une chienne, ils n’en resteront pas moins loups. Les petits Tziganes gran
dirent en conservant tous les instincts de leur race; et, à la première occa
sion, ils s’enfuirent et vinrent rejoindre leurs parents.
Jusqu’ici tous les essais de civilisation tentés sur eux ont été inutiles. On
n’a pu les séduire ni par l’appât de l’or ni par d’autres promesses. Leur
nature sauvage finit toujours par reprendre le dessus. On raconte à ce sujet
des anecdotes bien caractéristiques.
Un Tzigane, parvenu au grade d officier supérieur dans l’armée autri
chienne, disparut un beau jour. On le rencontra six mois après avec une
bande de Bohémiens qui campaient dans les steppes.
Un jeune paysan slovaque avait épousé une belle Tzigane. Quand il
s’absentait, sa femme se sauvait dans les bois, dormait à la belle étoile, se
nourrissait de hérissons, comme au temps où elle errait libre avec sa tribu.
Liszt aussi voulut apprivoiser un petit Tzigane; il le prit avec lui à Paris,
lui donna des maîtres; mais T écolier fut intraitable et ne supporta pas la
température de notre société. « 3 ou s le fîmes venir à Vienne, dit Liszt,
pour qu’il pût y rejoindre les siens s’il en avait le désir. Lorsqu’il les revit,
son ravissement n’eut pas de bornes, et l’on crut qu’il allait en devenir fou. »
1 En France, on les appelle Bohémiens, parce que les premiers qu’on y vit venaient Je Bohème :
Galli Bohemos vocant, i/uod indidem ex Bohemia primos illorum essel notitia. (VüLCtsus,
Luj'J., 1597.)