PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
De même en Amérique, le Canada et le Brésil, qui ne
paraissent guère avoir de mines de houille, ont des forces
formidables en chutes d’eau. La France est assez bien parta-
gée puisque, sans être déshéritée pour la houille noire (elle
produit les 2/3 de ce qu’elle consomme), elle possède toute une
armée de chevaux hydrauliques équivalant à8 ou 10 millions
de chevaux-vapeur, dont la moitié dans les Alpes, un quart
dans les Pyrénées, le reste dans le Massif Central, le Jura et
les Vosges, mais dont moins de 1.500.000 sont actuellement
utilisés. Elle n’est dépassée en Europe que par la Suède et la
Norvège. Si elle sait l’utiliser en entier, cela suffira pour la
libérer du tribut qu’elle paie annuellement à l’étranger par
l'achat de 20 millions de tonnes de charbon par an.
La supériorité économique de la houille blanche sur la
houille noire c’est qu’elle ne se consomme pas par l’utilisa-
tion qu’on en fait. La houille noire c’est un trésor enfoui
depuis les temps paléontologiques, où nous puisons en
prodigues et qui bientôt sonnera creux. La houille blanche
se renouvelle comme l’eau qui tombe: c’est le soleil qui se
charge de pomper incessament celle qui a fini son travail et
de la remonter sur les sommets, Elle ne tarirait que dans
l’éventualité — dont quelques savants nous menacent, il est
vrai, mais non encore démontrée, heureusement ! — d’un
asséchement général de la terre et de la disparition des
glaciers.
Le coût d’installation d’usines d’hydro-électriques (bar-
rages, conduites forcées, turbines et dynamos, réservoirs ou
lacs artificiels pour régulariser le débit) coûte assez cher,
mais, l'installation une fois faite, le coût d’entretien par
cheval est presque nul, tandis que pour la houille, au con-
traire, ce coût est relativement élevé, chaque cheval consom-
mant en moyenne 1 kilogramme de charbon par heure. C’est
pourquoi dans les villages de montagne éclairés par la
houille blanche on ne prend pas la peine d’éteindre les
lampes pendant la journée.
Mais s’il est vrai que l’eau en temps que force motrice soit
immortelle, ou du moins sans cesse renaissante, à la diffé-
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