LE TRAVAIL mn
Aussi, à partir d'Adam Smith, ‘aucun économiste n’a hésité
à étendre le titre de productif aux travaux manufacturiers.
Toutefois, il faut retenir la part de vérité ‘contenue dans la
doctrine physiocratique, à savoir que dans la hiérarchie des
travaux l’agriculture occupe le premier rang, tout simple-
ment parce que dans la hiérarchie des besoins l’alimentation
tient la première place — et qu’elle ne peut être impunément
sacrifiée ‘ou négligée, ainsi que les pays belligérants en ont
fait la dure-expérience.
3° Pour les travaux de ‘transport, on a hésité plus long-
temps, par cette raison que le fait du transport n’implique,
semble-t-il, aucune modification de l’objet. Le colis n'est-il pas
le mème à la gare d’arrivée qu’à la gare de départ ? ‘C’est là,
disait-on, ‘une différence caractéristique avec l’industrie
manufacturière.
Cette distinction est peu philosophique, car tout déplace-
ment constitue une modification essentielle des corps, et
c’est même, à vrai dire, comme nous l’avons vu tout à
l’heure, la seule modification que nous puissions imposer à
la matière (voir ci-dessus page 110). Si, d’ailleurs, on estimait
qu’un déplacement ne constitue pas une modification assez
essentielle pour être qualifiée de productive, alors il faudrait
refuser le titre de productives aux industriesextractives, car
quelle différence peut-on établir entre le travail du mineur
qui transporte le minerai ou la houille du fond du puits ‘à la
surface du sol et celui du voiturier qui prend:ce minerai ‘ou
cette ‘houille sur le carreau de la mine et le transporte dans
l’usine — à moins de prétendre que le déplacement n’est
productif que quand il s'opère dans le sens vertical et qu’il
cesse de l'être quand il s'opère dans le sens horizontal ? Est-
il besoin, d’ailleurs, de faire remarquer que, de même que
l'industrie manufacturière est le complément indispensable
des industries agricoles et extractives, de même l’industrie
des transports est le complément indispensable de celles qui
précèdent? A quoi servirait-il ‘d’écorcer les arbres à quin-
quina ou de saigner les lianes à caoutchouc ‘dans ‘les forêts
du Brésil, d’extraire le guano des îles du Pérou, de faire la