PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
doute, nous allons mettre au premier rang les travaux
manuels, ceux des laboureurs, semeurs, moissonneurs,
voituriers, meuniers, boulangers. Mais il est clair que le
travail du fermier ou du maître du domaine, encore qu’il
n’ait pas mis lui-même la main à la charrue, est très utile
pour la production du blé, non moins que celui du berger
pour la production de la laine, encore que celui-ci n’ait pas
fait la tonte lui-même. On ne peut négliger non plus le
travail de l'ingénieur qui a dressé le plan d’un système
d'irrigation, de l’architecte qui a construit les bâtiments
d'exploitation et les celliers. Et même il y aurait ingratitude
à oublier celui des inventeurs, depuis le Triptolème quel-
conque qui a inventé la charrue jusqu’à ses successeurs qui
ont découvert les diverses espèces de céréales, ou les engrais,
ou la rotation des cultures, ou les procédés de la culture
intensive.
Faut-il s’arrêter là? On le peut, sans doute, et c’est ici que
beaucoup d’économistes tracent la ligne de démarcation
entre les travaux qui doivent être appelés productifs parce
qu'ils ajoutent à une chose une utilité nouvelle — et les tra-
vaux qui consistent seulement en services rendus. Mais les
travaux nécessaires à la production du blé sont-ils donc
renfermés dans l’agriculture ? Le travail du garde-champêtre
qui a effrayé les maraudeurs, celui du procureur de la Répu-
blique qui les a poursuivis, du juge qui les a condamnés, du
soldat qui a protégé les récoltes contre ces dévastateurs de
pire espèce que sont les armées ennemies, n’ont-ils pas, eux
aussi, contribué à la production du blé! Et que dire du
travail de ceux qui ont formé l’agriculteur lui-même et ses
gens, de l’instituteur qui leur a inculqué des notions d’agri-
culture ou les moyens de les acquérir, du médecin qui les a
entretenus en bonne santé ? Est-il donc indifférent, même
à ne considérer que la production du blé, que les travail-
leurs soient instruits et bien portants, qu’ils possèdent l’ordre
et la sécurité et qu’ils jouissent des bienfaits d’un bon gou-
vernement et de bonnes lois ? A-t-on même le droit d’écarter
comme indifférents à la production du blé les travaux les
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