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téristique du capital, il faut donc reconnaître qu’il n’y a jas
un seul bien qui ne puisse devenir un capital si le propriétaire,
au lieu de l'employer à ses besoins personnels, s’en fait un
instrument de lucre. Non seulement une automobile, une
villa de bains de mer, un costume de polichinelle, peuvent
être loués et par là devenir capital, mais n’importe quelle
denrée qui se mange ou se boit, n'importe quel article de
parure ou d'amusement, peut devenir ce qu’on appelle « un
fonds de commerce », c’est-à-dire précisément un capital.
En un mot, voici tous les biens de consommation qui vont
rentrer pêle-mèêle, par voie de la vente ou de la location,
dans la catégorie des capitaux et notre classification est à
vau-l’eau !
Il faut la maintenir pourtant, mais en introduisant une
distinction nouvelle et essentielle : celle entre capitaux pro-
ductifs et capitaux lucratifs.
Les capitaux productifs ce sont ceux qui par leur nature
ne peuvent servir qu'à la production de richesses nouvelles
et n’ont été faits que pour cela. Tout ce qui est instrument,
machine, travaux d'ingénieur, a ce caractère.
Les capitaux lucratifs ce sont des richesses qui par leur
natur> ne peuvent servir qu'à la consommation, mais qui,
par la destination que leur donne leur propriétaire en les
vendant, en les louant ou en les prétant, peuvent rapporter
un revenu, comme toutes celles que nous venons de citer
en exemple. Ils ne produisent donc rien au point de vue
social, car ils n’accroissent en rien la somme des richesses
existantes, mais ils produisent fort bien au point de vue
individuel, car ils peuvent donner de gros profits,
Il est à remarquer que précisément ce que tout le monde
appelle « les capitaux » dans le langage courant — par oppo-
sition à la propriété immobilière, à savoir toutes les valeurs
mobilières représentées par des titres de rente sur l’État,
obligations ou actions, créances hypothécaires, etc. — ne sont
en général que des capitaux lucratifs, en ce sens qu’ils ne
donnent d'autre revenu que celui tiré de la bourse du débi-
teur ou du contribuable.
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