PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Cependant il y a des distinctions à faire. Un titre de rente
sur l’État ne représente généralement qu’un prêt de consom-
mation, le plus souvent pour des dépenses de guerre ou
autres besoins de l’État — sauf le cas assez rare où l’État
aura emprunté pour exécuter des travaux publics ou pour
créer une industrie nationale. Par conséquent le revenu qu’il
donne (les arrérages, comme on dit, quand il s’agit d’em-
prunts en rentes perpétuelles dont le capital n’est jamais
exigible) n’est pas le prix d’un produit ou d’un service écono-
mique, mais une créance prélevée sur les revenus du débi-
teur, en l’espèce sur les revenus des contribuables.
Il en est de même des obligations (de villes, de chemins de
fer, du Crédit Foncier, etc.),-qui ne sont que des créances
chirographaires ou hypothécaires.
Il en est autrement des actions. Celles-ci représentent tou-
jours un prêt fait à quelque société industrielle en vue d’une
entreprise productive, et les dividendes qu’elles touchent
sont prélevés sur les produits de cette entreprise. Des
actions de mines de houille ou de chemins de fer ne sont
que les titres représentatifs des capitaux concrets qui tra-
vaillent sous forme de puits de mines, galeries, bennes, rails,
locomotives, etc. Seulement, il faut prendre garde, quand
on fait l’inventaire de la fortune du pays, de ne pas les
compter en capitaux deux fois — une fois capital en nature,
une fois sous forme de titre qui n’en est que le signe : l’un est
le capital réel, l’autre n’est que son ombre.
Que dire de l’argent, soit monnayé, soit en billets ? Faut-il
le considérer comme un capital ou comme un bien de con-
sommation ? Et si on le qualifie de capital, sera-t-il un capital
productif ou lucratif? La question ne comporte pas de
réponse précise parce que l’argent est tout ce qu'on veut :
c’est précisément sa caractéristique et sa vertu que de pou-
voir servir à toutes fins — à nous procurer des jouissances
immédiates quand il est dans notre porte-monnaie ; — à
servir à la production quand, sous forme de salaires, il est
distribué aux ouvriers; — à pourvoir aux besoins à venir
quand il va, sous forme d'épargne, s'accumuler dans un
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