" PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Bien plus : de même que quand le fruit ou le grain est
cueilli on peut le semer à nouveau et faire pousser une nou-
velle plante qui donnera de nouveaux fruits, ou de même que
lorsque l’œuf est pondu on peut le mettre à couver et faire
éclore un poussin qui donnera de nouveaux œufs — de
même, en plaçant ce coupon, on peut créer un nouveau
capital qui donnera de nouveaux coupons d’intérêt, et on
croit voir ainsi le capital croître et-se multiplier suivant les
mêmes lois que celles qui président à la multiplication des
espèces végétales ou animales. Mais la loi de l’intérêt com-
posé, car c’est ainsi qu’on l’appelle, est bien autrement mer-
veilleuse que la multiplication des harengs ou des microbes.
Car un simple sou, placé, à intérêts composés au premier
jour de l’ère chrétienne, aurait produit aujourd'hui une
valeur égale à celle de quelques milliards de globes d’or
massif du volume de terre; ce calcul d’arithmétique est
resté célèbre.
Il faut dissiper toute cette fantasmagorie qui échauffe si
fort, et non sans raison, la bile des socialistes. Cette espèce
de force productive et mystérieuse que l’on attribue au
capital et qui lui serait propre, cette vertu génératrice, est
pure chimère. Quoi qu’en dise le dicton populaire, l’argent
ne fait pas de petits, et le capital pas davantage. Non seule-
ment un sac d’écus n’a jamais produit un écu, comme l’avait
déjà remarqué Aristote, mais un ballot de laine n’a jamais
produit un flocon de laine, ni une charrue de petites char-
rues ; et s’il est vrai — comme le disait Bentham pensant
refuter par là Aristote — qu’un troupeau de brebis repro-
duise d’autres moutons, ce n’est assurément point parce que
ce troupeau est un capital, mais simplement parce qu’il se
compose d'animaux et que la nature a doué les êtres vivants
de la propriété de reproduire des individus semblables à
eux-mêmes. Mais le capital en tant que matière première,
instrument ou approvisionnement, est absolument inerte
tant qu’il n'a pas été vivifié par le travail.
Il est vrai que, comme nous l’avons vu (p. 126), le travail,
lui aussi, dans les conditions économiques actuelles, est sté-
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