PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
mécaniciens, hommes d’équipe, chefs de gare, aiguilleurs,
qui ont coopéré au transport. C’est ce qu’on appelle parfois
« faire travailler son capital ». Et Rodbertus fait remarquer
que la notion exacte de la situation a été intervertie à ce
point que | on admet couramment que ce sont les capitalistes
qui «donnent du travail » aux travailleurs et les font vivre,
alors qu'en réalité ce sont les travailleurs qui donnent un
revenu au capital et font vivre le capitaliste-rentier.
Il en est ainsi alors même que le capital entre les mains
de l’emprunteur a été dissipé ou consommé improductive-
ment. En ce cas, les intérêts touchés par le prêteur ne repré-
sentent plus le produit du travail de l'emprunteur, mais
toujours celui de quelqu’autre qu’il faut chercher plus loin.
Par exemple, les coupons de titres de rentes sur l'Etat ne
représentent pas généralement des richesses produites par le
travail ou l’industrie de l’Etat. puisque celui-ci a l'habitude
de dépenser improductivement la plupart des capitaux à lui
prêtés, mais ils représentent le produit du travail de tous
les Français qui, sous forme de contributions, a été versé
annuellement dans les caisses du Trésor et passe de là dans
les mains des rentiers. Et quand un fils de famille emprunte
de l'argent pour le manger, les intérêts qu’il paie à l’usurier
ne représentent certes pas le produit de son travail, mais
peut-être celui de ses fermiers ou, s’il doit rembourser le
prêt sur son futur héritage, le produit du travail paternel. Et
longtemps après que le capital prêté aura été dissipé en
débauches par le fils de famille ou qu’il se sera dissipé en
fumées sur les champs de bataille, il demeurera tout de
même en tant que capital lucratif, c’est-à-dire comme titre
de créance, entre les mains de l’usurier ou du rentier sur
l'Etat.
Il faut donc conclure que le soi-disant produit du capital
n’est jamais que le produit du travail — parfois du travail
de son possesseur, mais très fréquemment aussi, dans nos
sociétés, le produit du travail d’autrui. Il n’en résulte pas
nécessairement que le prélèvement du capital soit toujours
parasitaire, comme se hâtent trop de l’affirmer les socialistes.
138