PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
rares, et par suite se vendent bien, ne disent rien. De là vient
qu’on n’entend jamais parler que de surproduction et on
finit par croire qu’elle est partout. ‘
Bien plus! les économistes estiment que, étant donné
l’engorgement dans une branche quelconque de production,
le remède le plus efficace qu’on puisse apporter à ce mal
c’est précisément de pousser à un accroissement proportion-
nel dans les autres branches de la production. La ‘crise
résultant de l’abondance ne peut se guérir que par l’abon-
dance elle-même, conformément à la devise d’une école
célèbre en médecine : similia similibus. Ainsi tous les pro-
ducteurs se trouvent intéressés à ce que la production soit
aussi abondante et aussi variée que possible Cette théorie
est connue sous le nom de loi des débouchés. C'est J.-B. Say
qui l’a formulée le premier et il s'en montrait très fier,
disant « qu’elle changerait la politique du monde ». On peut
l’exprimer de la façon suivante : chaque produit trouve
d'autant plus de débouchés qu’il y a une plus grande variété el
abondance d’autres produits.
Pour comprendre cette théorie, il faut commencer par
faire abstraction de la monnaie et supposer que les produits
s’échangent directement contre des produits, comme sous le
régime du troc. Supposons, par exemple, un marchand qui
arrive sur un des grands marchés de l’Afrique centrale, au
Soudan ou au Congo : n’a-t-il pas intérêt à trouver le marché
aussi bien approvisionné que possible de produits nombreux
et variés? Sans doute il n'a pas intérêt à y rencontrer en
quantité considérable la même marchandise que celle qu’il
peut offrir, par exemple des fusils, mais il a intérêt à en
trouver le plus possible de toutes les autres, ivoire, gomme,
poudre d’or, arachides, etc. Chaque marchandise nouvelle
qui apparaît sur le marché constitue un placement ou,
comme on dit dans cette théorie, un débouché pour sa
propre marchandise * plus il y en a, mieux cela vaut.
Comme le dit très bien J.-B. Say : « ce qui peut le mieux
favoriser le débit d’une marchandise, c’est la production
d’une autre ».
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