COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION
Les choses ne se passent pas autrement, dit-il, sous le
régime de la vente et de l'achat. Chacun de nous a d'autant
plus de chance de trouver le placement de ses produits que
les autres ont plus de ressources, et ils auront d'autant plus
de ressources qu’ils auront produit davantage. Ce qu’on peut
donc souhaiter de plus heureux à un producteur qui a trop
produit d’un article quelconque, c’est que les autres produc-
teurs aient trop produit aussi de leur côté ; la surabondance
des uns corrigera la surabondance des autres. L’Angleterre
a-t-elle, cette année, produit trop de cotonnades ? Eh bien!
si la bonne fortune veut que l'Inde ait produit cette même
année trop de blé, elle y écoulera bien plus facilement ses
cotonnades. Ou bien encore voilà l’industrie qui, grâce au
prodigieux accroissement de sa puissance mécanique, jette
sur le marché une quantité énorme de marchandises, mais la
production agricole n’a pas marché du même pas : ses
produits ne se sont accrus que dans une faible mesure : leur
valeur, relativement à la valeur des produits manufacturés,
s’est élevée et les consommateurs, obligés de dépenser
beaucoup pour se procurer les objets d’alimentation, n’ont
plus assez de ressources pour acheter beaucoup de produits
manufacturés. Supposez au contraire que la production
agricole vienne à marcher du même pas que la production
mécanique, et l'équilibre va se rétablir. Le consommateur,
dépensant moins pour, se nourrir, absorbera sans peine
l'excès des produits manufacturés.
En somme donc, la théorie des débouchés tend simplement
à prouver que l’excès de production n’est jamais un mal
toutes les fois que l'accroissement de la production s'opère
simullanement et proportionnellement dans toutes les branches.
En effet, dans ce cas, les rapports entre les quantités échan-
gées n'étant pas modifiés, l'équilibre économique ne sera
pas troublé.
Et c'est incontestable, en effet. Il faudrait toutefois faire
un pas de plus dans cette hypothèse. Il faudrait supposer
que l'instrument des échanges, la monnaie, elle aussi, a
participé à la surproduction générale, car si la quantité de
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