LA DIVISION DU TRAVAIL
Il en résulte une telle différence entre les deux régimes que
peut-être conviendrait-il de ne pas les qualifier par le mème
mot : au lieu de parler ici de la division du travail, il faut
dire plutôt « spécialisation du travail. »
Sous le régime corporatif, la séparation des métiers devient
plus accentuée parce que chaque « corps de métier » ne fait
qu’un genre de travail, et mème les règlements veillent avec
un soin jaloux à ce que chacun reste enfermé dans sa spécia-
lité. La même industrie se subdivise en branches divergentes
(l’industrie du bois subdivisée en menuisiers, charpentiers,
charrons, etc.) ou en tranches successives (le bois brut passant
successivement des mains des bûcherons à celles des scieurs
de long, etc.) chaque branche formant un métier spécial Et
ces subdivisions et ramifications vont progressant sans cesse
parallèlement à la multiplication des besoins, chaque nou-
veau besoin faisant naître un nouveau métier (1).
3 Mais un jour vient où le métier devient la manufacture
ou la fabrique, c’est-à-dire que l'artisan devenu capitaliste
embauche des salariés, et nous voici à la troisième phase de
la division du travail, la division du travail technique. Tout
travail industriel étant, comme nous l’avons vu déjà (voir
ci-dessus, p. 110), une simple série de mouvements, on s’ap-
plique à décomposer ce mouvement complexe en une série
de mouvements aussi simpliffés que possible, que l’on confie
à autant d’ouvriers différents, de façon que chacun d’eux
n'ait à exécuter qu’un seul de ces mouvements, toujours le
même. C’est ce mode de division du travail, observé dans
une fabrique d’épingles, qui a frappé pour la première fois
Adam Smith et lui a inspiré une page admirable partout citée.
Il est à remarquer qu’à la différence des modes précédents
de la division du travail, qui sont naturels et spontanés,
celui-ci est inventé et combiné, comme d’ailleurs tous les
gestes du travail.
(1) On pourrait représenter cette complexité croissante dans la division du
travail par un tableau en forme d'arbre généalogique — les travaux succes-
Sifs dans une même industrie s'inscrivant dans des colonnes verticales — et
les t‘avaux collatéraux s'inscrivant dans des tranches horizontales.
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