212 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
même qu’elle n’aurait qu’une tête au point de vue de la direc-
tion de l’entreprise, il n’en résulterait pas qu’elle n’en eût
qu’une au point de vue de l’appropriation du capital. La con-
centration des industries sous la forme de grandes Compa-
gnies n’implique pas nécessairement la création d’une classe
de milliardaires, puisque les capitaux de ces sociétés peuvent
se trouver divisés, sous forme d’actions, en une multitude de
mains. Au lieu d’une pieuvre, il faudrait y voir plutôt une
hydre, comme l’hydre de Lerne, avec aulant de têtes que de
bras — ce qui a rendu malaisée la tâche d’Hercule.
Les Cartels et les Trusts.
Nous avons déjà vu (p. 186) les capitaux s’associer sous la
forme de sociétés par actions, mais nous arrivons ici à une
forme d’association un peu différente et qui constitue une
des manifestations les plus caractéristiques de la grande
production. Il ne s’agit plus, comme dans les sociétés par
actions, de capitalistes non producteurs, dit actionnaires,
commanditant une même entreprise, mais d’associations
formées par plusieurs entreprises (lesquelles peuvent revêtir
ou non la forme de sociétés par actions). Ce sont les Trusis et
les Cartels, ainsi nommés aux Etats-Unis et en Allemagne qui
sont leurs pays d’origine.
Le Cartel (charte, contrat), disons en français le syndicat de
producteurs ou entente -commerciale, est la forme la plus
simple de l’association entre producteurs. Elle est née chez
les producteurs d’un sentiment de réaction contre la concur-
rence ruineuse qu’ils se faisaient entre eux — surtout dans la
production de denrées homogènes où les fabricants ne pou-
vant rivaliser pour la différence de qualités, n’ont d’autre
moyen, pour attirer le client, que d’abaisser le prix —
concurrence qui ne pouvait manquer d’aboutir à un encom-
brement du marché, à la crise avec toutes les perturbations
IV