; PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
ce mot. Mais accordons qu’il faut changer l’idée qu’on s’en
faisait.
Tout d’abord, il faut cesser de leur attribuer un caractère
normatif, c’est-à-dire de les assimiler aux lois édictées par
les législateurs pour le bonheur des peuples. S’il y a dans le
monde économique des lois naturelles analogues à celles
du monde physique, alors, comme celles-ci, elle ne peuvent
être que parfaitement indifférentes à nos préoccupations, et
la tâche qui s’imposera à nous sera plus souvent de lutter
contre elles que nous faire servir par elles.
Il ne faut pas non plus se les représenter assises sur des
trônes d’où elles gouvernent le monde. Il faut les débarraser
de ce caractère impératif qui caractérise les lois civiles ou
pénales et qui, dans toutes les images de la loi, est symbolisé
par le glaive.
Le mot de loi ne doit suggérer d’autre idée qu’une relation
constante entre certains faits, de telle sorte que, l’un de ces
faits étant donné, les autres l’accompagnent ou le suivent
— par exemple un rapport entre la quantité d’un produit et
son prix, ou encore entre son prix et la demande qui en est
faite.
D'ailleurs, il en est exactement de même des lois du monde
physique. Celles-ci aussi n’expriment rien de plus que
certains rapports qui s’établissent spontanément entre les
choses, rapports qu’on peut dire nécessaires seulement si
certaines conditions préalables sont remplies. Les atomes
d’oxygène et d’hydrogène ne sont pas forcés de faire de
l’eau, mais si un atome du premier de ces éléments et deux
du second sont mis en présence sous certaines conditions
de température, de pression, etc., alors ils formeront de
l’eau. De même, les hommes ne sont pas forcés à vendre
et à acheter, mais si un homme disposé à vendre est mis en
présence d’un homme disposé à acheter, et si leurs préten-
tions ne sont pas inconciliables, ils conclueront nécessaire-
ment un marché à un certain prix qu’on peut déterminer.
Et ce prix n’est pas le résultat de la volonté du vendeur,
ni de celle de l’acheteur, ni de celle des deux à la fois, puis-
12