< PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
ticable, c’est que, comme nous l'avons dit, un producteur
quelconque, Primus, devait rencontrer comme coéchangiste
une autre personne, Secundus, qui se montrât disposée tout
à la fois: a) à acquérir la chose dont Primus voulait se
défaire ; b) à lui céder précisément la chose que Primus
voulait acquérir. Dorénavant, le producteur a encore à se
préoccuper de trouver preneur de sa marchandise, du moins
n’aùra-t-il plus à attendre de ce preneur la marchandise
dont il a besoin lui-même. Ce sera à une autre personné,
dans un autre moment, dans un autre lieu, qu'il s'adressera
pour cela. C'est l'indivisibilité de ces deux opérations qui les
rendait très difficiles : une fois rompu le nœud qui les unis-
sait, chacune d’elles séparément devient assez simple, car il
ne sera pas très difficile de trouver quelqu’un qui ait besoin
de votre marchandise, c’est-à-dire un acheteur. Il sera plus
facile encore de trouver quelqu’un d'autre qui soit disposé
à vous céder la marchandise dont vous avez besoin, c’est-à-
dire un vendeur.
Remarquez que dans l'échange sous forme de troc l’éva-
luation est très incertaine, ce qui donne lieu aux pires
exploitations. Dans le commerce avec les indigènes de
l’Afrique centrale, quand on donne au nègre des fusils ou des
cotonnades en échange du caoutchouc ou de l’ivoire, le
produit qui sert à l’achat est compté à quatre fois sa valeur
et la valeur du produit acheté est diminuée de moitié, ce qui
fait que l’Européen donne 1 contre 8 — encore est-ce là un
taux honnête Dans bien des cas, le rapport est de 1 à 100. À
cet égard, on peut bénir l’intervention de la monnaie : elle a
été un instrument de moralisation et de justice (1)
Mais il ne faut pas oublier que, quoique désormais décom-
posées, ces deux opérations continuent pourtant à former
un tout et qu’on ne saurait concevoir l’une sans l’autre.
(1) Tous les philanthropes qui ont dénoncé l’effroyable exploitation des noirs
dans les Etats du Congo ont indiqué comme une des réformes les plus effi-
caces l'abolition des paiements en nature et l'introduction de la monnaie, tant
pour le paiement des marchandises aux indigènes que pour le paiement des
impôts de la part des indigènes.
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