Full text : Principes d'économie politique

, PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
soit-il d’acheter, ne consentira à donner un prix supérieur à
celui de ses concurrents; et nul vendeur, si coulant soit-il,
ne consentira à céder son blé à un prix inférieur à celui de
ses confrères. Les uns et les autres attendent donc que le
prix du marché soit établi.
C’est ce prix unique du marché, à un moment donné, qui
est ce qu’on appelle le cours (1). Ce cours est publié dans les
journaux spéciaux pour toute marchandise de quelque importance,
 blé, vin, charbon, coton, laine, cuivre, etc., de
même que pour les valeurs mobilières et les fonds d’Etat :
c’est la cote de la Bourse — Bourses de commerce ou Bourses
des valeurs. Et ce cours sert de base à toutes les opérations
commerciales.
2° Ce prix unique doit être tel qu’il fasse coïncider la quantité
 offerte et la quantité demandée,
Il est de toute nécessité que ces deux quantités coïncident,
car il serait absurde et contradictoire de supposer qu’il
puisse y avoir plus de sacs de blé vendus que de sacs de blé
achetés — puisque ce sont les mêmes !
Seulement, on n’arrive pas tout de suite à cette coïncidence
 ; elle ne se réalise qu’à la suite d’une série d’oscillations
 entre les quantités offertes et les quantités demandées,
correspondant à des oscillations de prix: dès que l’équilibre
est établi, le prix courant apparaît. Voici nos cinq vendeurs
de blé sur le marché en face de cinq acheteurs, mais ils
demandent 22 francs. À ce prix, une partie des acheteurs se
retirent effrayés et il n’en reste que trois. Les cinq vendeurs,
(1) S'il suffit, pour qu’il y ait échange, qu’il se trouve deux cuéchangistes
en présence, cela ne suffit pas pour qu'il y ait un cours : il faut qu'il y ait
concurrence entre les vendeurs d'un côté et les acheteurs de l’autre. Voici
un écolier qui, pour avoir une tartine de son camarade, est disposé à lui
donner ses biMes. Combien en donnera-t-il ? On ne peut le dire : toutes celles
cu’il possède, s'il n'a pas déjeuné ! Ce sera le marché d'Esaü et de Jacob. Mais
sil y a plusieurs écoliers disposés à céder leurs tartines et plusieurs disposés
à céder leurs billes, alors seulement s’etablira un cours, comme on dit.
C’est pourquoi dans la vente d'objets rares où il n’y a en présence qu'un
seul vendeur et parfois un seul collectionneur, il n’y a point de loi des prix,
« l'objet n’a pas de prix », comme l’on dit très bien — ce qui veut dire que le
prix, en ce cas, dépend seulement de la richesse de l’acheteur ou du savoirfaire
 du vendeur.

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