PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
de bétail dans ses étables, l’horticulteur dans ses jardins,
modifier sans cesse les formes animales ou végétales et créer
des races nouvelles, il semble que la nature vivante se laisse
pétrir aussi docilement que la matière inerte. Même les
phénomènes atmosphériques n’échappent pas absolument
à l'empire de l’industrie humaine : celle-ci émet la préten-
tion, par des défrichements ou des reboisements appropriés,
de modifier le régime des vents et des eaux et, renouvelant
le miracle du prophète Élie, de faire descendre à son gré du
ciel la pluie et la rosée !
A plus forte raison, notre activité peut-elle s’exercer sur
les faits économiques, précisément parce que ce sont des
faits de l'homme et que nous avons immédiatement prise
sur eux (1). Sans doute, ici comme dans le domaine des
phénomènes physiques, cette action est renfermée dans
certaines limites que la science cherche à déterminer et que
tous les hommes, soit qu’ils agissent individuellement par
des entreprises privées, soit qu’ils agissent collectivement
par des règlements législatifs, devraient s’efforcer de respec-
ter. C’est le cas de répéter le vieil adage de Bacon : Naturæ
non imperatur nisi parendo (pour gouverner la nature, il faut
commencer par lui obéir). L’utopiste torture inutilement la
nature pour lui demander ce qu’elle ne peut lui donner :
l'homme de science ne lui demande que ce qu’il sait être
possible. Mais la sphère de ce possible est infiniment plus
vaste que le pensait l’école classique.
(1) Même les représentants de l’école déterministe, même ceux qui nient le
libre arbitre (et tel, certes, ne saurait être le cas de l’école qui s’intitule
« libérale ») reconnaissent à l’homme le pouvoir de modifier l’ordre de choses
déns lequel il vit. Ils font seulement cette réserve que tout acte modificateur
de l'homme est lui-même prédéterminé nécessairement par certaines causes,
mais ceci est une question de pure méthaphysique dans la discussion de:
laquelle nous n’avons pas à entrer ici.
16