LES DIVERSES ÉCOLES ÉCONOMIQUES ,
la science économique et si d’autres doctrines doivent la
remplacer un jour, elle n’en restera pas moins le fondement
sur lequel celles-ci auront bâti.
Nous ne lui reprocherons donc point, comme l’a fait l’école
allemande, d’avoir abouti seulement à une stérile métaphy-
sique des lois naturelles. Mais, par le développement logique
des principes mêmes que nous venons de résumer, l’école
libéraie s’est trouvée poussée à faire l’apologie de toutes les
institutions économiques actuelles, à nier ou à atténuer les
griefs dont se plaignent les classes ouvrières, et même là où
leurs misères ne sont pas niables, à y voir la conséquence
inévitable du progrès général et comme une sanction néces-
saire de la loi qui impose aux hommes la prévoyance et le
travail (1). Par là, cette école s’est attiré l’épithète « d’école
dure », qualificatif sans doute tout à fait impropre lorsqu’il
s’agit d’une conception scientifique, mais qui doit être
entendue en ce sens qu’elle s’est rendue haïssable à ceux qui
souffrent et qui attendent un soulagement à leurs maux. Peu
importe, serait-elle en droit de répondre, si telle est la vérité !
Sans doute, mais il semble que cette attitude ait été inspirée
moins par un esprit vraiment scientifique que par le parti
pris de justifier l’ordre social existant. Voici, en effet, ce
qu’il faut répondre :
1° L'idée que l’ordre économique existant est un ordre
naturel — en ce sens qu’il serait le résultat spontané des lois
naturelles et de la liberté et que par conséquent il est, sinon
tout ce qu’il devrait être, du moins [out ce qu’il peut être —
ne paraît pas fondée. L'histoire montre que très souvent ce
que l’on appelle les institutions fondamentales de l’ordre
social, propriété foncière, salariat, etc., sont le résultat —
soit de faits de guerre et de conquête brutale (par exemple,
l’appropriation du sol de l’Angleterre et de l’Irlande par les
laudlords, ou celui des provinces polonaises et baltiques par
(1) « TH est bon qu'il y ait dans la société des lieux inférieurs où soient
euposées à tomber les familles qui se conduisent mal. La misère est ce redou-
table enfer »! (Dunover, Liberté du Travail),
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