3 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
la perspective d’un avancement toujours espéré. Elle donne
à l'initiative individuelle toute sa portée en concentrant de
puissants capitaux entre les mains des plus audacieux. Elle
crée dans les travaux des hommes une variété féconde grâce
à la gamme infinie de besoins et de ressources qu’elle établit
entre eux.
Pourtant, depuis si longtemps qu'ils sont répétés, ces
vieux arguments ne‘ semblent pas avoir réussi à réconcilier,
les masses avec l’inégalité des richesses et même celle-ci est
assurément beaucoup moins acceptée aujourd'hui qu'au
temps jadis. Il est facile de l’expliquer.
C’est d’abord que l’inégalité des richesses est presque la
seule qui subsiste alors que les autres inégalités qui distin-
guaient les hommes sont tombées l’une après l’autre. Les lois
ont réalisé l’égalité civile ; le suffrage universel a conféré
l’égalité politique; la diffusion croissante de l'instruction
lend même à faire régner une sorte d'égalité intellectuelle.
Seule l’inégalité des richesses demeure et grandit et, tandis
qu’elle était autrefois dissimulée derrière des inégalités plus
hautes, la voici qui apparaît au premier plan et concentre
sur elle toutes les colères.
En second lieu, les inégalités économiques sont beauconp
plus envahissantes que les inégalités anciennes : leurs conse-
quences sociales sont plus étendues, soit pour le bien, soit
aussi pour le mal. On peut même dire qu’elles dominent et
ont comme absorbé en elles toutes les autres inégalités
— celles de la noblesse, du pouvoir, de l’intelligence, de
l’éloquence — en ce sens que ces forces-là elles-mêmes ne
peuvent plus guère se passer aujourd’hui de l’appoint ou de
l’appui de la richesse.
La possession de la richesse modifie beaucoup plus les
conditions de vie, pour ceux à qui elle dispense ses faveurs
ou ses rigueurs, qu’elle ne le faisait autrefois. Du temps de
Charlemagne sans doute, de même qu’aujourd’hui chez les
Arabes du Sud algérien, l’inégalité entre le riche et le pauvre
ne creusaît pas entre concitoyens un abîme de haine. C’est
que les richesses, ainsi que les jouissances qu’elles pouvaient
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