PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
le « laisser faire », ce qui veut dire se fier à la libre con-
currence des intérêts individuels pour assurer l’intérêt
public. Non : elles croient que Cet intérêt public a au
contraire grand besoin d’être seuvegardé et elles cherchent
les institutions propres à cette fin : pour les uns ce sera
l’Etat, pour les autres l’Association, la Religion, etc.
2° De rejeter aussi la séparation absolue que l’école écono-
mique pure veut établir entre l’utile et le juste, entre
l’économique, le droit et la morale. Toutes ces écoles —
socialisme d’Etat, socialisme chrétien, socialisme juridique,
solidarisme — ont un caractère plus ou moins éthique,
comme on dit.
1° Socialisme d’État.
Cette école rejette absolument et même tourne en ridicule
toute notion de loi naturelle dans le domaine économique
(voir ci-dessus, p. 14); elle attache d’autant plus d'impor-
tance aux lois positives émanées du législateur et y voit un
des facteurs les plus efficaces de l’évolution sociale. Elle est
donc portée à étendre considérablement les attributions de
l'Etat et ne partage nullement à cet égard les antipathies ou
les défiances de l’école libérale ou du socialisme.
Cette école a exercé une grande influence dans ces derniers
temps, non seulement sur les esprits, mais sur la législation.
Le grand mouvement qui date du dernier quart du xIx' siècle
et qu’on appelle la législation ouvrière, les traités conclus
entre Etats pour une réglementation internationale du tra-
vail, l’appui moral et souvent pécuniaire prêté par l'Etat à
une foule d’institutions sociales, lui sont dus en grande
partie. Elle a certainement rendu grand service à la science
en élargissant le point de vue étroit, factice, d’une simplicité
voulue et d’un optimisme irritant, auquel l’école classique
s’était toujours complu. Elle a fait sortir la science de cette
abstention systématique où elle s’enfermait et à cette question
posée depuis silongtemps par la misère humaine : Que faire ?
elle a cherché une autre réponse qu’un stérile « laisser faire ».
D’abord c’est l’Etat qui toujours a fait les lois et c’est la
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