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(dans le Texas), mais qui tend aujourd’hui à s’acclimater
dans divers pays. En France, après une quinzaine d’années
d’hésitations et plusieurs projets de loi, finalement la loi du
12 juillet 1909 est venue consacrer le homestead, ou, pour
parler français, le bien de famille. Mais cette expérience
législative, très préconisée non seulement par les écono-
mistes de l’école conservatrice mais aussi par des libéraux,
a complètement échoué. À la fin de 1913, donc après plus de
quatre ans d'application, on ne comptait que 243 biens de
famille, dont 158 ruraux, les seuls intéressants. Les petits
propriétaires français répugnent à se frapper eux-mêmes
d'incapacité, ne fût-ce que l’incapacité d’emprunter.
CHAPITRE II
LES CAPITALISTES RENTIERS
De la situation de rentier.
De tout temps, l'homme — qu’on définit « un animal
paresseux », définition d’ailleurs injuste car il ne l’est pas
plus ni mème autant que n’importe quel animal — a déployé
une ingéniosité prodigieuse pour échapper à la loi du
travail : l’esclavage, le parasitisme, la mendicité, le vol, le
jeu, n’ont pas d’autre origine. Mais le meilleur moyen d’y
échapper, parce qu’il est à la fois le plus sûr et le plus
honoré, c’est d’avoir des rentes.
Quoique les rentiers ne travaillent pas, cela ne les empêche
pas de vivre et, pour bon nombre, de bien vivre. Et non seu-
lement leurs revenus sont souvent plus élevés que ceux qui
viennent du travail mais ils ont surtout cette supériorité
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