Full text: Principes d'économie politique

LES CAPITALISTES RENTIERS J 
tances, ou de salaire en argent — dans tous ces cas je sacrifie 
un bien présent pour avoir un bien futur sous forme de 
récoltes de la terre ou de marchandises fabriquées. Je me le 
prête à moi-même si je puis ainsi dire. C’est donc toujours 
un échange du présent contre le futur et je ne le ferais pas si 
je ne devais pas retrouver au bout de l’an l’argent que j'ai 
dépensé plus quelque chose. C’est ce que veut dire incons- 
ciemment le capitaliste quand il dit que son capital doit lui 
rapporter un intérêt. Si cette plus-value ne se réalise pas, il 
dira avec raison qu’il a été en perte. Si sa comptabilité est 
bien tenue, il ne comptera comme bénéfice net que ce qui 
excédera l’intérêt des capitaux engagés. 
En somme, comme le dit très bien le langage courant, tout 
prêt est une avance, expression d’ailleurs courante : or que 
veut dire avance, sinon gagner du temps? 
Pourtant, cette théorie, après un règne éclatant, commence 
aujourd'hui à être un peu ébranlée. 
A la réflexion, en effet, on peut se demander s’il est bien 
sûr que l'homme préfère toujours un bien présent à un bien 
futur? C’est incontestable toutes les fois qu’il s’agit d’un 
besoin présent, mais il n’en est pius de même s’il s'agit d'un 
besoin futur ; en ce cas, au contraire, les situations pourront 
être renversées. Un sac de blé à semer vaudra beaucoup 
plus pour moi au moment des semailles, dans neuf mois, 
que maintenant en janvier puisque d’ici-là.je n'aurais que 
l’embarras de le garder. L’hommne qui s’assure sur la vie ou 
qui assure une dot à ses enfants et qui paie pour cela une 
prime unique ou échelonnée ne sacrifie-t-il pas des biens 
présents à un bien à venir ? Et pourquoi, sinon parce qu’il 
juge celui-ci préférable. Mais bien plus ! Quiconque prête son 
argent ne le fait-il pas précisément parce qu’il ne sait pré- 
sentement qu’en faire, et parce qu’il estime que cet argent 
lui sera plus utile à l’époque du remboursement que présen- 
tement ? Or, comme il y a nécessairement autant de prêteurs 
que d'emprunteurs, on ne saurait dire qu’il y ait toujours 
plus de gens préférant les biens présents que ceux préférant 
les biens futurs. 
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