4" PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
puisque, comme nous le verrons, c’est sur elle que se fonde
la théorie nouvelle de la valeur.
Les besoins sont limités en ce sens que, pour la satis-
faction chacun d’eux, une quantité déterminée d’un objet
quelconque suflit. Il ne faut à l’homme qu’une certaine quan-
tité d’eau pour le désaltérer.
Il y a plus. Tout besoin va décroissant en intensité au fur
et à mesure qu’il se satisfait, jusqu’au point où il y a satiété,
c’est-à-dire où le besoin s’éteint et est remplacé par le dégoût
ou même la souffrance (1). C’est le pire des supplices que de
souffrir du manque d’eau ; mais c’était aussi une des pires
tortures du moyen âge que celle dite « de l’eau » quand on
l’ingurgitait de force dans l’estomac du patient.
Plus le besoin est naturel, je veux dire physiologique, et
plus la limite est nettement marquée. Il est facile de dire
combien de grammes de pain et de centilitres d’eau sont
nécessaires et suffisants pour un homme. Plus le besoin est
artificiel, je veux dire social, plus la limite devient élastique.
Il n’est assurément guère possible de dire quel est le nombre
de chevaux pour un sportsman, de mètres de dentelle pour
une femme du monde, de rubis pour un rajah de l'Inde,
surtout de pièces d’or ou d’argent pour un homme civilisé
quelconque, qui pourra être considéré comme suffisant et
qui les fera s’écrier : assez ! Cependant, on peut affirmer que
la satiété pour eux aussi est inévitable et, en tout cas, qu’à
chaque nouvel objet ajouté à ceux déjà possédés, le plaisir
ressenti va décroissant rapidement.
Il est vrai que pour l’argent la satiété est rare et paraît
presque invraisemblable. Pourquoi? Par’ cette raison bien
simple que l’argent est la seule richesse qui ait la propriété
de répondre, non à un besoin défini, mais à fous les besoins
possibles, et par conséquent, il ne cesse d’être désiré qu’au
(1)/C’est comme ces séries bien connues des mathématiciens qui vont dimi-
nuant jusqu’à zéro, puis recommencent à croître au-dessous de zéro, mais en
prenant une valeur négative. Les différents degrés du besoin ce sont les termes
positifs de la série : les différents degrés de la satiété jusqu'au dégoût, ce
sont les termes négatifs : entre les deux se trouve le zéro qui est l'indifférence.
À