PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
L’hygiène et la morale utilisent cette loi en s’efforcant de
remplacer les besoins inférieurs et brutaux par des besoins.
d’ordre supérieur. Ainsi, pour combattre l’alcoolisme, par
exemple, les sociétés d’abstinence n’ont rien trouvé de mieux
que d’ouvrir des « cafés de tempérance » dans lesquels on
s’efforce d’habituer les consommateurs à boire du thé ou du.
café. Remarquez qu’un besoin matériel peut être remplacé
par un besoin intellectuel, — par'exemple le cabaret par le
cabinet de lecture — ou par un besoin moral, par exemple
un ouvrier se prive d'une « consommation » au café pouür:
verser sa cotisation à une caisse de prévoyance, de résistance.
ou de propagande.
4° Les besoins sont complémentaires, c’est-à-dire qu’ils
marchent généralement de compagnie et ne peuvent que
malaisément se satisfaire isolément. À quoi sert un soulier-
ou un gant dépareillé? A quoi sert une voiture sans cheval
ou une automobile sans essence ? Pour se défendre du froid,
il ne suffit pas d’avoir un bon pardessus, il faut avoir bien
diné. Le besoin de manger, chez l’homme civilisé du moins,
implique le besoin d’un grand nombre d’objets mobiliers, tels
que table, chaise, serviette, nappe, assiettes, verres, couteaux,
fourchettes, et même, pour atteindre son maximum de
satisfaction, il doit — tel dans les banquets — s'associer
à certaines jouissances esthétiques, fleurs, lumières, cristaux,
toilettes, musique, etc.
5° Tout besoin s’apaise ou même s’éteint momentanément
par la satisfaction, mais il ne tarde pas à renaître et d'autant
plus impérieux qu’il a trouvé plus fréquemment et plus régu-
lièrement l’occasion de se satisfaire ; et quand maintes fois
il a trouvé à se satisfaire de la même manière, il tend à se
fixer en habitude, ce qui veut dire qu’il ne peut plus sup-
porter d’interruption sans que l'organisme en ressente une
souffrance physiologique, si faétices d’ailleurs que puissent
être ces besoins : le dicton est vrai qui dit que « l'habitude
est une seconde nature ». Cette loi a aussi une grande impor-
tance, notamment au point de vue du salaire. C’est elle qui
fait le niveau d'existence, le standard of life : il ne se laisse pas-
16