Full text: Principes d'économie politique

LES BESOINS ET LA VALEUR CE 
professeur, la connaissance; le juge, la justice; l’agent de 
police, la sécurité ; le littérateur ou l’artiste, les plus hautes. 
et les plus pures jouissances ; et le domestique fait nos com- 
missions. L'homme est ce qu’il y a de plus utile à l'homme. 
Nul doute que ces satisfactions ne soient d'un rang égal, ou 
même d’un ordre supérieur à celles que nous procurent les. 
choses et que nous ne les estimions autant ou plus, puisque 
nous les payons fort cher s’il le faut. On emploie plus volon- 
tiers ici, il est vrai, le mot de service que celui d’utilité. Mais 
qu’importe ? Ne dit-on pas tous les jours d’un objet quel- 
conque, d’une bicyclette, d’un couteau de poche, d’un stylo, 
« qu’il nous rend bien service» — de même qu’en sens 
inverse nous disons à nos amis (simple formule de politesse, 
il est vrai, mais très correcte scientifiquement) : «usez de 
moi, je vous prie » ! Et même on peut dire que les choses ne 
font pas autre chose que ce que font les personnes, elles nous 
rendent des services : ce qu’on appelle leur «utilité» n’est 
pas autre chose (1). 
Mais si la richesse est si désirée par les hommes ce n'est 
pas seulement parce qu’elle leur procure toutes facilités de 
satisfaire leurs besoins ou leurs fantaisies, c’est aussi parce 
qu'elle leur confère un pouvoir de commandement sur les 
hommes et sur les choses, et je ne parle même pas de l’in- 
fluence sociale ou politique que peut donner la fortune, mais 
du pouvoir dans l’ordre économique, notamment de com- 
mander à son gré le travail de centaines et de milliers 
d’hommes et il n’est pas besoin pour cela d’être chef 
d’industrie : tout capitaliste exerce indirectement ce pouvoir. 
Car tels sont les deux aspects sous lesquels se présente la 
richesse : richesse-jouissance et richesse-puissance. 
Si la richesse ne comportait que la jouissance, comme la 
possibilité de jouissance ne dépasse pas un certain maxi- 
mum, la poursuite de la richesse ne dépasserait pas nom 
(1) Toutefois on est un peu gêné pour qualifier de « richesse» un service 
rendu : c’est pourquoi la question de savoir s'il peut exister des « richesses 
immatérielles » a fait autrefois l'objet de longues discussions. 
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