LA DÉPENSE "15
elles distribuent des étiquettes (labels) pour être apposées
sur les marchandises comme certificats d’une industrie
loyale. On comprend que si ces ligues comptaient un grand
nombre de consommateurs riches, les commerçants auraient
un grand intérêt à figurer sur les listes blanches ou à obtenir
des labels, et par là seraient très stimulés à bien traiter
leurs ouvriers.
Ces ligues d’acheteurs, dont le but ne saurait trop être
loué et qui constituent mème une ère nouvelle dans l’organisation
économique, ont cependant provoqué dans ces
derniers temps d'assez vives critiques, et plutôt inattendues,
car elles viennent des économistes de l’école libérale. Ils
estiment que le consommateur est totalement incompétent
pour s’occuper de l’organisation technique du travail et pour
distribuer de bons ou mauvais points aux producteurs.
D'ailleurs sur cette question de la fonction à conférer aux
consommateurs, les socialistes se montrent encore moins
favorables que les économistes individualistes. Ils estiment
que c’est du côté du producteur qu’il faut regarder et que
c’est lui seul qui doit faire la loi. Ce n’est pas sur l’association
des consommateurs, c’est sur l’association professionnelle
que doit reposer la société future. Et ils estiment
même que c’est dans celle-ci seulement, et non dans celle-là,
que s’élabore la morale de l'avenir. L'idée de la royauté du
consommateur ne serait qu’une idée de bourgeois (1). Et on
comprend aisément en effet que la suprématie du consommateur
soit inconciliable avec les théories essentielles du
socialisme marxiste qui sont la lutte des classes et la victoire
de la classe ouvrière, puisque précisément la fonction
de consommateur exclut toute division de classe. La production
divise nécessairement les hommes en créant l’antagonisme
des intérêts, des groupes et des classes. La consommation
ne fait aucune acception de personnes ni de classes :
c'est en cela qu’elle nous paraît supérieure.
(1) Voir en sens contraire notre livre Le Coopératisme, notamment la
conférence qui s'y trouve sous le titre Le règne du consommateur.
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