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PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Le logement.
Entre toutes les dépenses, celle du loyer mérite une étude
spéciale par une double raison: — d’abord parce que, de
tous les besoins privés, c’est celui dont l'importance sociale
est la plus grande, plus même, au point de vue social, que
l'alimentation ; — et aussi parce que de toutes les dépenses
c’est celle qui a le plus rapidement augmenté et qui grève le
plus lourdement le budget des familles ouvrières et même
des familles aisées.
Dans l’antiquité la maison était non seulement le foyer de
la famille, mais l’autel des dieux pénates : aussi chacun, riche
ou pauvre, avait la sienne. Aujourd’hui que les exigences de
la vie moderne ont refait aux hommes une sorte de vie
nomade et ne leur permettent plus de prendre racine là où
ils sont nés, la grande majorité des hommes vit dans des
appartements loués. Et toutes les causes sociales, écono-
miques, politiques, qui poussent la population à s'agglomérer
dans les grandes villes — centralisation administrative,
grande production, développement des chemins de fer, fêtes,
spectacles et cafés-concerts — tendent à élever constamment
le prix des loyers, au grand profit du propriétaire urbain
mais au grand dommage du public.
La plupart des vices qui affligent la population ouvrière —
relâchement des liens de la famille, fréquentation du cabaret,
débauche précoce, transmission des maladies contagieuses
et des épidémies — tiennent surtout à la disette de loge-
ments. La dignité de la vie pour l'homme, et plus encore
pour la femme, est d’ailleurs intimement liée à un certain
confort du foyer.
Pourquoi donc n’en est-il pas des maisons comme de tous
les autres produits pour lesquels l'offre généralement suit la
demande et parfois même la dépasse ? Car pourtant la maison