L'ÉPARGNE C7
différence de l’épargne qui implique un accroissement de
richesses, l’assurance empêche seulement un appauvrisse-
ment — et encore ne l’empèêche-t-elle que pour l'individu,
car il est clair que l’assurance ne peut empêcher la destruc-
tion de la richesse : la maison incendiée est brûlée, le navire
coulé est perdu ; le chef de famille est mort : donc pour la
société la perte est définitive, mais pour l'individu l’assu-
rance peut rendre cette perte inoffensive en la réduisant à
un sacrifice insignifiant.
Le placement.
Ce chapitre semblerait mieux à sa place dans la partie de
l’Economie Politique qui traite de la production, puisque pla-
cer son argent n’est-ce pas le soustraire à la consommation
pour le faire valoir dans une entreprise productive ?
Oui, en ce qui concerne celui qui place, mais il importe de
remarquer que l’argent placé est tout de mème consommé.
Au lieu d’employer son argent à la satisfaction de ses besoins
présents ou à venir, le capitaliste le transfère à d’autres pour
que ceux-ci le consomment reproductivement. Sans doute il
n’agit ainsi que par intérêt, mais au point de vue social son
acte n’en est pas moins très bienfaisant. Comme l’a dit Stuart
Mill dans une formule suggestive : « on est utile aux travail-
leurs non par la richesse qu’on consomme mais seulement
par celle qu’on ne consomme pas soi-même ».
Que tout placement implique une consommation quel-
conque, improductive ou reproductive, c’est évident. Que
peut faire l’emprunteur — Etat, Compagnie, ou simple particu-
lier — de l’argent emprunté, sinon le dépenser ? Si c’eût été
pour le serrer dans son coffre-fort, il est clair qu’il ne
l’aurait pas emprunté.
Cependant le préjugé que nous avons vu si sévère contre
le thésauriseur existe même contre celui qui place son
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