Full text: Principes d'économie politique

PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE 
argent. On s'imagine que l’homme qui serre des titres de 
rentes ou des valeurs mobilières quelconques dans son por- 
tefeuille, thésaurise réellement, c’est-à-dire retire de l’argent 
de la circulation, et on ne voit pas que cet argent est 
dépensé tout aussi bien et aussi vite que s’il avait été 
dépensé par le capitaliste lui-même. Il est vrai que l’argent 
dépensé directement l’est généralement sur place et au profit 
de voisins immédiats, tandis que l'argent placé court le 
monde, faisant travailler des ouvriers sur d’autres terres et 
sous d’autres cieux, peut-être des Chinois pour construire 
les chemins de fer d’Asie, ou des Cafres dans les mines d’or 
du Transvaal. En un mot, le placement peut devenir une 
forme d’absentéisme des capitaux et alors se pose la grosse 
question des placements à l’étranger qui suscite de si vives 
polémiques (voir le Cours, tome ID. 
Autrefois il n’y avait guère d’autre moyen de placer son 
argent que d'acheter des terres ou de le prêter sur hypo- 
thèque. Le placement sous toute autre forme était difficile 
et même presque impossible, faute de moyens de placetrent. 
À une époque où le prêt à intérêt était prohibé, ou du moins 
ne pouvait se faire que d’une façon détournée, où les prin- 
cipaux emprunteurs, qui sont les grandes sociétés par actions 
et les Etats modernes, n’existaient pas encore, où même les 
maisons n’étaient guère mises en location, chacun possédant 
la sienne — on n’aurait su comment placer son argent. Il n’y 
avait que la thésaurisation Tel est encore le cas aujourd’hui 
dans les pays d’Orient parce que les deux mêmes causes 
qui mettaient obstacle au placement autrefois — à savoir : 
prohibition de l’intérêt comme usuraire et surtout crainte de 
spoliation — s’y sont maintenues (1). 
Aujourd’hui, cet obstacle a été supprimé. Notre époque 
offre à ceux qui veulent faire des placements mille res- 
(1) Un gouverneur de l'Egypte, lord Cromer, dans un rapport, en 1907, 
citait ce fait d'un cheik de village qui, ayant acheté une propriété pour 
25.000 liv. st, (630.000 francs) comptant, reparaissait une demi-heure après 
la signature du contrat, suivi d'une file de mulets qui portaient sur leur dos 
cette somme qu’il avait déterrée de son jardin. 
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