Full text: Principes d'économie politique

LA POPULATION 681 
place qui peut se trouver, au gré des auteurs, dans n’im- 
porte quelle partie de l’économie politique, aussi bien 
dans la production que dans la répartition ou dans la con- 
sommation. 
Cependant toutes les questions relatives à la population 
aboutissent, en somme, à celle-ci : la terre suffira-t-elle à 
nourrir ses habitants ? 
Tout homme venant au monde apporte une bouche — et 
deux bras, il est vrai, mais la bouche commence à fonc- 
tionner tout de suite tandis que les bras ne commenceront à 
fonctionner que dans quinze ou vingt ans. Ainsi, dans l’ordre 
naturel des choses, la consommation devance de beaucoup 
la production. Et ce n’est pas tout, car nous avons vu que les 
économistes redoutent que la production, tout au moins 
celle des aliments, ne se trouve limitée dans l’avenir par la 
loi du rendement non proportionnel (voir pp. 88-89). Et, dès 
lors, se pose la question que nous venons de formuler. 
Ces craintes ont été exprimées avec une force admirable, 
il y a un peu plus d’un siècle, par l’économiste anglais, 
Malthus. Dans une formule qui a eu une prodigieuse célé- 
brité, il avait affirmé que toute population tendait à s’accroître 
suivant une progression géométrique, tandis que les moyens de 
subsistance ne pouvaient s'accroître que suivant une progression 
arithmétique. Il exprimait l’accroissement de la population 
par une progression géométrique dont la raison, comme 
disent les mathématiciens, est 2, c’est-à-dire dont les chiffres 
vont en doublant — et l’accroissement des subsistances par 
la progression arithmétique la plus simple, celle dont la 
raison est 1 qui n’est autre que celle des nombres entiers. 
I] inscrivait donc ainsi ces deux lignes de chiffres - 
Progression de la population : 1. 2. 4. 8. 16. 32. 64. 128. 256. 
Progression de la production : 1.2.3.4. 5. 6. 7. 8. 9. 
Malthus évaluait à 25 ans la période de temps qui devait 
s’écouler en moyenne entre deux termes consécutifs de sa 
progression. Il en résultait donc que, au bout de deux siècles, 
la population, si son essor était libre, serait aux moyens de 
subsistance comme 256 est à 9, au bout de trois siècles
	        
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