LES BESOINS ET LA VALEUR "3
Ces deux propriétés sont : d’une part, une très grande
valeur sous un petit volume, ce qui leur donne une grande
facilité de transport ; d'autre part, une inaltérabilité chimique
qui leur assure une durée presque indéfinie. Grâce à la pre-
mière de ces deux propriétés, la valeur des métaux précieux
est de toutes les valeurs celle qui varie le moins d’un lieu à
un autre ; grâce à la seconde, c’est celle qui varie le moins
d’une année à une autre. Et cette double invariabilité dans
l’espace et dans le temps est la condition essentielle de toute
bonne mesure. Cependant nous verrons plus loin que, quand
on embrasse de longues périodes de temps, non pas même
de plusieurs siècles, mais seulement d’une génération, cette
invariabilité est illusoire (voir Historique de la monnaie).
Aurait on pu en trouver une meilleure ? — On en a proposé
plusieurs, d’abord le blé.
Ce choix étonne à première vue, car si l’on considère la
valeur de cette denrée en différents lieux ou à différentes
époques, on constate qu'il en est peu dont les variations
soient plus marquées! On a vu, au même moment, l’hecto-
litre de blé se vendre 20 francs en France, 15 francs à
Londres, et même 3 à 4 francs dans certaines régions de la
Sibérie. Et d'une année à l’autre, suivant les circonstances,
selon que l'année sera bonne ou mauvaise, le blé peut varier
aussi dans des proportions considérables. Au jour où nous
écrivons ces lignes il vaut plus de 100 francs.
A cela on répond que si la valeur du blé est incompara-
blement plus variable que celle des métaux précieux dans
l’espace ou même à de courts intervalles de temps, elle est,
par contre, beaucoup plus stable si l’on embrasse de longues
périodes. Le blé répond à un besoin physiologique, perma-
nent et qui ne varie guère. Aucune marchandise ne présente
au même degré ce double caractère : — 1° d’être presque indis-
pensable (du moins dans les pays de civilisation européenne)
jusqu'à une certaine limite, celle marquée par la quantité
nécessaire pour nourrir un homme ; — 2° d’être presque
tout fait inutile au delà de cette limite, car personne ne se
soucie d’en manger plus qu’à sa faim. Donc, malgré les
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