PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
plus souvent même après de longues résistances. Pourtant,
elle constitue une condition indispensable de la production,
et pas seulement lorsqu’il s’agit de richesses corporelles. On
peut même appeler à bon droit le facteur originaire de la
production, car non seulement il est concomitant à l’action
du travail, mais encore il lui est préexistant. L'activité de
l’homme ne saurait s’exercer dans le vide ; elle ne procède
pas par un fiat créateur ; elle doit trouver en dehors d'elle
les matériaux indispensables et c’est précisément la nature
qui les lui fournit.
Le troisième, le Capital, non seulement ne joue qu’un rôle
purement passif comme la nature et ne mérite en aucune
façon le nom d’agent, mais même il ne saurait être qualifié
comme celle-ci de facteur originaire. Il n’est qu’un facteur
en sous-ordre qui, au point de vue logique comme au point
de vue généalogique, dérive des deux autres. Le capital,
comme nous le verrons d’une façon plus précise, est un pro-
duit du travail et de la nature, mis à part pour la produc-
tion. Le nom qui lui conviendrait le mieux est celui d’instru-
ment, dans le sens le plus large de ce mot.
On peut remarquer que chacun des trois facteurs de la
production a apparu à son heure sur la scène économique.
Dans les sociétés primitives des peuples chasseurs, pêcheurs
ou pasteurs, c’était presque exclusivement la nature qui
fournissait tout ; — dès l’antiquité le travail est venu s’y
joindre, d’abord agricole, puis industriel ; — dans les sociétés
modernes, le capital a apparu enfin et a dominé les deux
autres à tel point que l’on désigne couramment le réginte
social de notre notre temps par le qualificatif de régime capi-
taliste.
Il est évident que, comme toutes les classifications, celle-
ci est à certains égards arbitraire et qu’en réalité les trois
facteurs se confondent souvent. La terre, quand elle a été
défrichée, drainée, cultivée, devient un produit du travail
et par conséquent un capital. Inversement le travail ne peut
être isolée de la nature : les organes de l’homme sont évi-
demment des agents naturels — tels la main de l’ouvrier.
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