Full text: Le Rapport du cout du Travail agricole au cout total de la production dans l'agriculture

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rapporté s’il l’avait placé en valeurs courantes. Ce point de vue est très juste à 
beaucoup d’égards et il est accepté de manière toujours plus générale, mais, 
lorsqu’on veut l’appliquer, on se heurte immédiatement au fait que dans la réalité 
un fermier ne se préoccupe jamais de se verser l’intérêt qui paraît lui être dû sur 
son capital. Lorsqu’il emprunte ce capital à un étranger, il est évidemment obligé 
de prévoir une somme déterminée à son budget pour le paiement de son intérêt. 
Lorsqu’il se doit cet intérêt à lui-même, son montant reste indéterminé !. 
On peut se demander également si ce poste existe réellement. Cette question 
a une grande importance pour le calcul de la part de revenu qui doit revenir au 
capital, à la direction et au travail. Lorsqu’on calcule la proportion entre la part 
de revenu allouée au travail et celle allouée à l’exploitant, on aboutit à des 
résultats très différents suivant que l’on déduit ou que l’on ne déduit pas du ren- 
dement net l’intérêt sur le capital d’exercice. L’exploitant représente deux per- 
sonnes: il est à la fois capitaliste et travailleur ?, de sorte que sa rémunération 
peut être calculée de deux manières. La première consiste à réserver en premier 
lieu l’intérêt et à considérer la somme restante comme le revenu du travail personnel 
de l’exploitant, son salaire pour ainsi dire. La deuxième consiste, au contraire, 
à réserver en premier lieu à titre de rémunération du travail personnel de l’ex- 
ploitant, une somme correspondant au salaire d’un travailleur à plein horaire, 
la somme restante étant considérée comme l’intérêt de son capital. Lorsqu'on 
admet que cet intérêt (à 5% environ, mais parfois même à un taux supérieur) 
doit venir en premier lieu en déduction des profits, il peut réduire ces derniers 
dans une proportion assez considérable. 
Si le rendement net de l’agriculture était plus élevé qu’il ne l’a été au cours 
des dernières années, cette question n’aurait qu’une importance secondaire, mais, 
dans les conditions actuelles, on se trouve en présence du dilemme suivant: lors- 
qu’on déduit des profits les salaires de la main-d'œuvre louée, la différence ne suffit 
pas pour assurer à la fois un intérêt réellement suffisant et une rémunération réel- 
lement satisfaisante du travail personnel du fermier. Il apparaît toujours soit 
que le capital du fermier ne lui rapporte presque rien, soit qu’il a travaillé toute 
l’année sans toucher un salaire. Cette conséquence ressort tout à fait nettement 
de certains caleuls auxquels il a été procédé en Amérique. 
L’exactitude de ces faits ne peut être révoquée en doute et ils ont une impor- 
tance considérable pour tout le problème de la rémunération du travail (de n’im- 
porte quelle catégorie) dans l’agriculture. Toutefois, il est permis de se demander 
si un processus consistant à porter en compte des intérêts qui n’ont jamais été ni 
payés ni même calculés et qui n’ont probablement même pas été gagnés, n’est 
pas absolument factice. Ainsi que les travailleurs l’ont déclaré avec une certaine 
1 A cette question vient encore s’ajouter celle du taux auquel! doit être caleulé cet 
intérêt hypothétique. Ce facteur également peut avoir une répercussion importante sur le 
point de vue adopté quant à la répartition du revenu entre le capital, la direction et le travail. 
2 Il est travailleur, même s’il accomplit uniquement un travail de direction. Toutefois, 
un exploitant qui emploie un gérant rémunéré et ne s’occupe pas personnellement de l’ad- 
ministration de sa ferme ne peut évidemment être considéré comme un travailleur.
	        
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