Full text : Oeuvres complètes

98  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
qui  reste,  après  le  paiement  de  la  rente,  pour  être  partagée  entre  les
propriétaires  du  capital  et  les  ouvriers,  revient  alors  à  ces  derniers.
Chacun  d’eux  en  a  vraiscmhlahlement  une  moindre  quantité  absolue ­
  ;  mais  comme  il  y  a  plus  d’ouvriers  employés  en  proportion  du
produit  total  gardé  par  le  fermier,  les  salaires  absorbent  une  part
plus  grande  sur  la  valeur  du  produit  total,  et  par  conséquent  il  en
reste  moins  pour  les  profits.  Les  lois  de  la  nature  rendraient  ces
phénomènes  permanents  en  mettant  des  bornes  à  la  force  productive
du  sol.
Nous  voilà  donc  arrivés  aux  conclusions  mêmes  que  nous  avons
déjà  cherché  à  établir  ;  —  que  dans  tous  les  pays  et  dans  tous  les
temps,  les  profits  dépendent  de  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour
fournir  les  denrées  de  première  nécessité  aux  ouvriers  sur  des  terres
et  avec  des  capitaux  qui  ne  donnent  jias  de  rente.  Les  effets  de  1  accumulation ­
  doivent  donc  être  différents  selon  les  pays,  et,  surtout,
selon  la  fertilité  du  sol.  Quelque  étendu  que  soit  un  pays  dont  le  sol
est  peu  fertile,  et  où  l’importation  des  subsistances  est  prohibée,  les
moindres  accumulations  de  capital  y  produiront  de  grandes  réductions ­
  dans  le  taux  des  profits,  et  causeront  une  hausse  rapide  de  la
rente.  Au  contraire,  dans  un  pays  peu  étendu,  mais  fertile,  il  peut  y
avoir  un  grand  fonds  de  capital  accumulé  sans  diminution  notable
dans  le  taux  des  profits,  ou  sans  une  forte  hausse  de  la  rente  des  terres, ­
  surtout  si  la  libre  importation  des  vivres  y  est  permise.  Dans  le
chapitre  des  Salaires,  j’ai  essayé  de  prouver  que  le  prix  métallique
des  denrées  ne  saurait  hausser  par  la  cherté  de  la  main-d’œuvre,  que
l’on  suppose  l’or,  —  mesure  constante  du  numéraire,  —  produit  dans
le  pays,  ou  tiré  de  l’étranger.  Mais  s’il  en  était  autrement  et  que  le
prix  des  denrées  s’élevât  constamment  par  la  hausse  des  salaires,  il
serait  encore  exact  de  dire  que  la  cherté  des  salaires  atteint  constamment ­
  les  personnes  qui  emploient  des  ouvriers,  et  les  prive  d'une
portion  de  leurs  profits  réels.  Que  le  chapelier,  le  marchand  de  bas
et  le  cordonnier,  soient  obligés  de  payer  chacun  10  1.  de  ])lus  à  leurs
ouvriers  pour  la  fabrication  d’une  quantité  donnée  de  produits,  et
que  le  prix  des  chapeaux,  des  bas  et  des  souliers  monte  assez  pour
rembourser  les  fabricants  de  ces  10  1.,  leur  condition  ne  sera  pas
meilleure  qu’avant  cette  hausse.  Si  le  marchand  de  bonneterie
vend  scs  bas  110  1.  au  lieu  de  100  1.,  il  aura  exactement  le  même
profit  en  argent;  mais  comme  il  aura  en  échange  de  cette  même
somme  un  dixième  de  moins  en  chapeaux,  en  souliers,  et  en  autres
articles,  et  comme  il  pouvait  avec  le  montant  de  ses  épargnes  cm-
            
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