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dont le communisme était plus scientifique que celui de Cabet,
par exemple. « Dézamy, Gay et les autres communistes fran-
çais de la même orientation, dit Marx, développent la doc-
trine matérialiste comme une doctrine de l’humanisme réel et
comme une base logique du communisme > (La Sainte Famille).
A l’époque où Marx et Engels écrivaient ce livre, ils diver-
geaient encore dans l’appréciation de la philosophie de Feuer-
bach. Marx l’appelait du « matérialisme coïncidant avec l’hu-
manisme », (de même que Feuerbach l’est en théorie, le socia-
lisme ct le communisme français et anglais sont, en pratique,
du matérialisme coïncidant avec l’humanisme). Marx considérait
en général le matérialisme comme la base théorique nécessaire
du communisme et du socialisme. Engels, par contre, était d’avis
que Feuerbach en avait fini une fois pour toutes avec la vicille
opposition entre le spiritualisme et le matérialisme (La Sainte
Famille). Plus tard, comme nous l’avons vu, il signale, lui
aussi, dans l’évolution de Feuerbach, celle de l’idéalisme au
matérialisme.
(9) Déjà, à cette époque, Feuerbach écrivait ces lignes re-
marquables : « Quelque opposés que soient, d’une part, le réa-
lisme pratique propre au sensualisme et au matérialisme des
Anglais et des Français, réalisme répudiant toute spéculation, et,
d’autre part, l’esprit de Spinoza, ces systèmes ont mialgré tout
leur base dernière dans cette conception de la matière que Spi-
noza a exprimée en métaphysicien dans sa célèbre formule :
« La matière est la négation de Dieu » (K. GRUN : Feuerbach,
t. I, p. 324-325).
(10) Dans la Sainte Famille, Marx remarque : « L'histoire
hégélienne de la philosophie représente le matérialisme fran-
cais comme la réalisation de la substance spinozienne ». (Le spi-
nozisme de Marx et d’Engels avait été particulièrement souli-
gné par Ie marxiste allemand J. Stern, traducteur de l'Ethique
et auteur d’une monographie spéciale sur la philosophie de
Spinoza. — D. R.).
(11) « Comment saisissons-nous le monde extérieur ? Com-
ment saisissons-nous le monde intérieur ? Car nous n’avons pas
pour nous d’autres moyens que pour les autres ! Puis-je savoir
quelque chose sur moi sans l’intermédiaire des sens ? Est-ce
que j’existe si je n’existe pas en dehors de moi, c’est-à-dire en
dehors de ma pensée ? Mais d’où sais-je que j'existe ? D’où
sais-je que j’existe, non pas dans mon imagination, mais d’une
facon accessible aux sens, réellement, si je ne me perçois pas
moi-même par l’intermédiaire des sens ? » (Aphorismes pos-
thumes de Feuerbach dans le livre de Grün, t. II, p. 311).
(12) Ici, nous recommandons particulièrement à l’attention
du lecteur cette pensée d’Engels selon laquelle les lois de la