Ne
Quoique Rome eût déjà parcouru ce chemin, les États nés de
la désagrégation et de la barbarie du Moyen Age durent le
refaire, comme le doivent refaire tous les États qui se forment
dans une période d’anarchie et d’obscurité. La route est longue
et fatigante. La défense personnelle, désordonnée et sans con-
trôle, commence par faire place à la défense personnelle ordon-
née et contrôlée; c’est l’époque du duel, qui est précisément
le règlement juridique de la défense personnelle. Puis l’État
s’interpose comme pacificateur et comme arbitre; d’abord
comme arbitre volontaire, qui statue si les parties y consentent;
puis comme arbitre nécessaire, qui impose son arbitrage.
Mais là encore que de difficultés et que de luttes pour im-
poser successivement l’arbitrage et l’exécution de la dé-
cision quand l’arbitre s’est prononcé! On arrive enfin au
stade le plus parfait: l’État crée la juridiction, c’est-à-dire
impose non seulement le jugement mais encore le juge et in-
terdit, à moins d’encourir le risque de graves sanctions, de
se faire justice soi-même. Il reste dans la législation des
pays les plus civilisés des traces fréquentes de cette lente
évolution.
Or, aujourd’hui, tandis que personne ne met en doute
qu’il soit illicite aux individus et aux familles de se faire justice
eux-mêmes, il semble au contraire très naturel encore que les
catégories et les classes sociales fassent valoir, à l’aide de leurs
propres forces, leurs intérêts économiques, c’est-à-dire exer-
cent une défense personnelle, celle-l]a même qui est interdite
aux individus. Jusqu’à ces tout derniers temps, il paraissait
naturel que les catégories et les classes se fissent justice d’elles-
mêmes, en ayant recours aux formes les plus brutales de la
lutte matérielle. Il y eut même un moment où l’occupation des
établissements industriels par les ouvriers fut qualifiée de
contravention !
Or l’État n’est pas l’État, c’est-à-dire n’est pas souve-
rain, s’il ne réussit pas à interdire, comme il le fit pour la
défense individuelle, aux catégories et aux classes de se défendre
elles-mêmes, et à remplir le rôle de jugé dans les conflits entre
ces classes.
Ce problème fondamental de la vie moderne, l’État fas-
ciste l’a posé et veut le résoudre. Les conditions sociales
et politiques de l’Italie donnent à notre pays la possibilité,
qui est un véritable privilège historique, de mettre fin à la
défense désordonnée des classes par elles-mêmes, qui sévit