16 G. V. PLÉKHANOV
sonnements philosophiques uniquement parce qu’il espérait,
en partant de ce point, arriver plus tôt au but, qui était de
donner une idée juste de la matière, en général, et de ses
rapports avec « l’esprit ». Par conséquent, nous avons,
dans ce cas, affaire à un procédé méthodologique dont la
valeur était conditionnée par les circonstances de temps et
de lieu, c’est-à-dire par les modes de raisonner coutumiers
aux savants allemands, ou simplement aux Allemands cultivés
de l’époque (*), mais qui ne dépendait nullement d’une
conception particulière quelconque du monde (8).
On voit déjà, d’après notre citation des paroles de Feuerbach
à propos de la « tête humaine », qu’à l’époque où il
les écrivit, la question de la « matière dont est fait le cerveau
> avait été résolue dans un sens purement matérialiste.
Et cette solution de la question avait été adoptée
également par Marx et Engels. Elle devint la base de leur
propre philosophie, ce qui ressort avec la clarté la plus
complète des ouvrages d’Engels : Ludwig Feuerbach et
Anti-Dühring, que nous avons déjà mentionnés. Voilà pourquoi
nous devons examiner cette solution de plus près, car
en l’étudiant, nous étudierons en même temps le côté philosophique
du marxisme.
Dans son article intitulé : Vorläufige Thesen zur Reform
der Philosophie, paru en 1842, et qui exerça une très grande
influence sur Marx, Feuerbach déclare que « les véritables
rapports entre le penser et l’être doivent être exprimés de
la façon suivante : l’être est le sujet, et le penser est l’attribut
>». La pensée est conditionnée par l’être, mais non l’être
par la pensée. L’être est conditionné par soi-même. a son
fond en soi-même (**).
Cette conception des rapports de l’être avec la pensée
mise par Marx et Engels à la base de l’interprétation matérialiste
de l’histoire constitue le résultat le plus important
de cette critique de l’idéalisme hégélien qui, dans ses traits
principaux, avait été faite par Feuerbach lui-même, et dont
les conclusions peuvent être résumées ainsi :
Feuerbach a trouvé que la philosophie de Hegel avait
supprimé la contradiction existant entre l’être et le penser.
(") Feuerbach dit très bien lui-même que le début de toute
philosophie est déterminé par l’état précédent de la pensée philosophique.
(") apres, II, p. 263 (Œuvres, édition de l’Institut Marx et Engels,
t.L p. 71.)