LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARKXISME = 2i
ne révèle tout son sens profond qu’à Ia lumière de la
théorie de la connaissance formulée par Marx. Et nous
verrons dans la suite à quel point cette théorie est confir-
mée par l’histoire de la civilisation, et, entre autres, par
la linguistique.
Il faut reconnaître cependant que la théorie de la con-
naissance de Marx provient en droite ligne de celle de
Feuerbach ou, si l’on veut, qu’elle est, à proprement parler,
celle de Feuerbach, mais seulement approfondie d’une
façon géniale par Marx.
Ajoutons, en passant, que ce perfectionnement génial
avait été suggéré par l’ «esprit de l’époque ». Cette ten-
dance à considérer ce rapport d’action et de réaction réci-
proque entre l’objet et le sujet précisément du côté où le
sujet joue en rôle actif, était le reflet de l’état d’esprit qui
animait la société de l’époque, où se précisa la conception
du monde de Marx et d’Engels (13). La révolution de 1848
n’était plus loin.
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La théorie de l’unité du sujet et de l’objet, du penser et
de l’être, qui est propre aussi bien à Feuerbach qu’à Marx
et à Engels, a été également celle des matérialistes les plus
éminents des XVII° et XVIII siècles.
Nous avons montré ailleurs (*) que La Mettrie et Dide-
rot étaient arrivés — quoique, il faut le dire, chacun par
Une voie distincte — à une conception du monde qui était
« une espèce de spinozisme », c’est-à-dire à un’ spino-
zisme privé de son appendice théologique, qui défigurait
Son contenu véritable. Il serait aisé de démontrer qu’en ce
a qui concerne l’unité du sujet et de l’objet, Hobbes est éga-
z lement très proche de Spinoza. Mais cela nous mènerait
: trop loin. Et puis, il n’y a aucune nécessité pressante à
ÿ le faire. Il sera vraisemblablement plus intéressant pour le
lecteur de constater qu’actuellement tout naturaliste qui
réfléchit tant soit peu à la question des rapports entre le
penser et l’être, aboutit à cette théorie de leur unité que
Nous avons trouvée chez Feuerbach.
() Voir l’article intitulé : « Bernstein et le matérialisme », dans
Notre recueil Critique de nos critiques (Plékhanov, Œuvres, t. XD.